LIVRE VINGT-DEUXIÈME
pour cela se rendre à l'assemblée, quoiqu'il m fut pas du nombre des députés provinciaux. 11 avait encore, à ce qu'on assure , beaucoup d'autres projets, surtout en faveur du duc de Bouillon, et c'est lui qui, dans l'assemblée de Mauvesin , avait gagné qu'on écrirait au duc, pour lui témoigner que le parti protestant de France voyait toujours du même œil sa personne et ses intérêts. Il n'osa se montrer cette fois, quelque hardi qu'il fût, et la proposition fut rejetée sans retour, aussi-bien que celle qui fut hasardée par trois ou quatre personnes, que le parti entretiendrait, non plus auprès du roi, mais dans quelques endroits des provinces principales du royaume, autant de députés choisis par eux seuls , pour communiquer directement avec les députés généraux à la cour. Si cette idée avait eu lieu, il eût été besoin de redoubler fortement d'attention sur la conduite de tous ces députés en sous-ordre; mais ce ne fut qu'une chaleur de foie, que je dissipai sans peine.
Quant à la qualité des députés, sa majesté n'en refusait aucun , pourvu qu'il eût la réputation de probité et de paix, et elle évitait avec soin tout ce qui pouvait tant soit peu avoir l'air de violence ; ce qui parut dans l'occasion où, ayant été agité si les gouverneurs de places pouvaient être nommés à la députation , le roi se rendit aux raisons de rassemblée pour la négative, et encore au su-
jet de La Noue et de du Coudray, que les réformés ne voulurent pas mettre sur la liste, alléguant l'absence du premier et l'emploi du second. Tout le monde revint pourtant ensuite à La Noue. De mon côté je donnai l'exclusion à Saint-Germain , malgré toute l'envie qu'on témoignait de le continuer en lui associant Betlujon. Le roi n'était pas non plus porté en faveur de celui-ci, ni même de du Coudray; mais, comme il croyait devoir quelque chose à Lesdiguières, il pensa à faire tomber le choix sur le député de la province du Dauphiné. On parla encore de Desbordes et de Marabat. Sa majesté avait long-temps voulu du bien à Marabat, quoique je le fisse envisager a ce prince comme l'une des créatures de Bouillon ; mais elle revint de ce sentiment, lorsque l'imprudente hardiesse qu'eut Marabat d'envoyer ses deux enfans au duc de Bouillon ne lui permit plus de douter que ce que je lui en avais dit ne fût vrai ; se sujet !seul lui valut l'exclusion. Il ne fut nommé personne aussi digne de fixer tous les suffrages qu'un avocat de Castres, nommé La Devèse. Sa seule réputation d'homme vertueux et ennemi de toute partialité lui fit tort auprès de ses confrères. Il n'y gagna que l'honneur d'avoir mérité la confiance de son roi , qui voulut bien lui écrire/ Je lui rendis la lettre aussi secrètement qu'il était nécessaire, pour ne pas le détruire dans l'esprit des pro-