‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 172 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

testans; et, lorsque je l'eus encore mieux connu, je le regardai comme un homme digne en toute manière que je me servisse de ses lumières. Tout le reste du mois de juillet se passa de cette sorte à proposer , éplucher , rejeter ou agréer différens

sujets. * *

La question des députés se continua avec la même chaleur, les premiers jours du mois suivant. L'assemblée revint à insister pour Saint- Germain, et pour plusieurs autres, auxquels Henri aurait encore préféré Marabat. Mais , comme ce détail n'a rien d'assez intéressant pour s'y amuser plus long-temps , je le conclurai tout d'un coup , en disant que La Noue ayant fait promettre i sa majesté, par Roquelaure et par moi, qu'il romprait avec le duc de Bouillon, et qu'il rappellerait ses enfans de Sedan, le roi le choisit pour député, sur les trois sujets proposés pour la noblesse, et que, des autres pour la robe, il s'arrêta sur du Gros , qui avait fait solliciter pour Lesdiguières. Cette conclusion, qui fut fort agréable à Henri, et fort louée de ses ministres eux-mêmes, vint trèsà-propos pour fermer la bouche à quelques médisans, qui divulguèrent que le roi avait reçu depuis peu une lettre de moi , après laquelle on l'avait vu si fort en colère , que cela ne pouvait provenir que de ce qu'apparemment ses desseins ne réussissaient pas entre mes mains. Une simple petite

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lettre fut le moyen dont on se servit pour donner cours à ce bruit. Je répondis à Villeroi, qui m'en **y envoya une copie^ qu'il n'y avait personne qui V7: ajoutât moins de foi à ce bruit que ceux qui le \ répandaient.

A l'égard du succès dont on me rapportait la gloire, sans me parer ici d'une fause modestie, je dirai qu'il ne m'en coûta que de bien persuader le gros du parti protestant, qu'il pouvait se reposer en toute assurance de sa conservation et de ses intérêts sur le sentiment de Henri, et que ce petit nombre d'actions de sévérité, ou plutôt de justice, dont ils se plaignaient, n'était point encor^ proportionné aux torts qu'ils s'étaient donnés avec lui. Je ne veux point qu'on puisse soupçonner qu'en parlant de la sorte , j'aie fait entrevoir aux réformés la moindre lueur des desseins favorables au parti dont Henri s'occupait. C'est trahir son prince, que de le servir aux dépens de son secret. Je me tenais même exactement clos sur cet article avec les ministres de sa majesté ; et je ne sache pas en avoir rien touché dans aucune de toutes les lettres que j'écrivis de Châtellerault à • Henri lui-même, excepté une seule, en lui rappelant l'ambassade d'Angleterre, nécessaire au sujet que je traitais ; encore le priais-je instamment de brûler cette lettre , dans la crainte de ce qu'il savait déjà -être arrivé à quelques-unes des autres.

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