LIVRE VINGT-DEUXIÈME
trement de Fédit de Nantes dans les parlemens, il fallut donner le temps de faire ces deux brevets , et de les envoyer à Châtellerault.
L'affaire d'Orange fit assez de bruit pendant ce temps-là pour occuper les esprits. Pour remettre cette place au prince d'Orange, son légitime maître , de la manière dont j'ai déjà prévenu un peu plus haut, il était question d'en tirer Blaccons 1 , qui la tenait pour les protestans. Le roi jeta les yeux sur Lesdiguières, si à contre-temps, que je crois qu'il n'y avait que ce seul moyen de faire naître des difficultés sur cette affaire. Tout autre que Lesdiguières, que Blaccons avait sujet de regarder comme son ennemi capital , en fût venu très-aisément à bout. J'en parle avec une pleine science. Blaccons, qui depuis long-temps s'attendait à sortir d'Orange, m'avait écrit que rien ne retarderait son obéissance aux ordres du roi, que le chagrin et le déshonneur d'être obligé de remettre sa place à un homme qui se ferait un triomphe de cette cérémonie. Dans la réponse que je fis à cet officier , je crus pouvoir lui faire espérer que sa majesté lui adoucirait l'amertume de cette démarche; et je me flatte en effet que, si j'avais été sur les lieux, la chose serait allée autrement ; mais Henri ne m en écrivit que pour me mander qu'il venait de députer Bullion et Bellu-
■ Hector de La Foret de Blaccons.
jon , chargés de ses ordres à Lesdiguières, et pour me demander le mandement nécessaire pour faire marcher du canon du coté d'Orange. Je me doutai, à la réception de cette lettre, de ce qui était arrivé, et j'écrivis incontinent au roi tout ce que je connaissais des sentimens de Blaccons. Je lui conseillai, et même je le priai de n'envoyer à Orange qu'un simple exempt de ses gardes , sans mettre ainsi Lesdiguières vis-à-vis de son ennemi.
Cet avis venait trop tard. Lesdiguières, usant du pouvoir que le roi lui donnait , n'écouta que sa haine contre Blaccons , et envoya signifier impérieusement à ce gouverneur et aux Jiabitans l'ordre qu'il avait de sa majesté qu'on lui remît la place. Il y ajouta du sien que, s'ils n'obéissaient pas, il en rendrait compte au roi. Pendant ce temps-là il écrivit à ce prince, le a4 juillet, qu'il ne se mette point en peine, parce qu'il saura bien réduire le gouverneur d'Orange sans que rien branle dans la province. Ne dirait-on pas que Lesdiguières craint de ne pas trouver assez de résistance? Blaccons, qui ne s'était pas attendu à cette insulte, dépêcha incontinent deux courriers l'un sur l'autre au roi , pour l'assurer qu'il était prêt à remettre sa place à telle personne que sa majesté jugerait à propos, quand même cette personne serait catholique. Cette démarche avait pour objet de faire changer d'avis au roi sur Lesdiguières , par les con-