LIVRE VINGT-DEUXIÈME
seils de ceux que Blaccons savait devoir l'appuyer auprès de sa majesté, et de suspendre la marche de Lesdiguières , qu'il ne doutait point devoir s'approcher au plus tôt. Blaccons avait beaucoup plus d'ennemis à la cour que d'amis. Ils trouvèrent dans son action et y firent trouver à Henri une grande disposition à la désobéissance et à la peur, ce qui assurément était bien gratuit de leur part.
Le roi ne voulut pourtant point, malgré tous les conseils violens qu'on lui soufflait, se porter tout d'un coup à l'extrême contre Blaccons. La réponse qu'il lui fit , fut de lui envoyer un exempt' de ses gardes, protestant, avec trois ou quatre archers de la garde, lui dire, qu'en attendant qu'il en eût été autrement ordonné, sa majesté voulait qu'il mit sa place comme en séquestre entre les mains de l'exempt, et qu'il vînt trouver le roi, dont il obtiendrait toute sorte de satisfaction et de iraitemens honorables; et en même temps Henri fit dire par Bullion à Lesdiguières que,, si Blaccons satisfaisait à ce dernier ordre, il demeurât tranquille à Grenoble, et qu'il ne prît le parti de la force que supposé que ce gouverneur fît refus d'obéir. Il lui envoyait à cet effet des commissions pour mettre sur pied dix compagnies de deux cents hommes chacune , pour se servir des cinq compagnies du régiment de du Bourg , aussi mises à deux cents hommes, de soixante où elles étaient iv. 1 5
auparavant , et pour faire marcher du canon à proportion ; c'est que les courtisans avaient persuadé à sa majesté que Blaccons ne se rendrait point à sa proposition. Lesdiguières , qui avait déjà mandé à ce prince que le canon de sa province de Dauphiné était sans affûts , demanda qu'on lui en enr voyât de l'arsenal de Lyon , qu'on pouvait aisément faire descendre par le Rhône. Il n'avait pas envie apparemment de dégarnir ses places; ce fut ce qui obligea encore sa majesté de m'écrire , a6n que je donnasse au lieutenant-général d'artillerie du Lyonnais et du Dauphiné les ordres conformes à ce que demandait Lesdiguières. Je convins qu'à la rigueur le roi prenait assez de mesures pour mettre auprès des protestans la justice, et même la modération de son côté; mais je ne goûtai ni ces préparatifs extraordinaires , ni cette nouvelle dépense inutile. Aussi, en respectant, comme je le devais , les ordres que sa majesté me donnait , je crus pourtant devoir m'opposer à ce que voulait Lesdiguières , surtout par rapport au canon de Lyon , que je trouvais beaucoup mieux dans cette ville qu'en aucune autre du Dauphiné.
Je ne sais comment Henri put tant tarder à s'apercevoir que Lesdiguières n'avait cherché <pi'à se faire autoriser pour poursuivre à outrance un homme à qui il voulait du mal. Sitôt qu'il crnt pouvoir le faire avec quelque ombre de justice ,
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