LIVRE VINGT-DEUXIEME
il y ajouta plusieurs démarches de son chef, qui firent que la chose avait bien changé de face, avant l'arrivée des courriers de sa majesté, au lieu de leurs dépêches. Il était déjà à la tête d'un corps <lr troupes, à deux lieues d'Orange, d'où il envoya sommer fièrement Blaccons de le recevoir dans cette ville. Bouillon, à son retour du Dauphiné , chercha à justifier Lesdiguières de cette démarche précipitée ( c'est le moindre nom qu'on puisse lui donner), en disant qu'il ne l'avait faite que dans l'intention de commencer toujours à régler les affaires du château , de faire une réforme dans la garnison , et d'écarter quelques gens de guerre levés par les officiers du prince d'Orange. Il n'est pas surprenant que Lesdiguières passant ainsi son pouvoir, Blaccons ne vît plus en lui qu'un ennemi qui poursuivait sa querelle particulière. Il lui fit une réponse qui l'obligea à se retirer à Montelimart avec un peu de confusion. C'est dans le ressentiment que cette retraite causa à Lesdiguières , qu'écrivant à sa majesté pour l'informer de tout ce qui s'était passé, il ne garda plus de ménagement , et qu'il accusa Blaccons de tout Ce qu'il voulut. Celui-ci fit aussi porter ses plaintes par son courrier. Il chargea Lesdiguières d'avoir cherché dès long-temps à se rendre maître d'Orange au moyen d'une intelligence avec un ministre nommé Maurice. Les partisans de Lesdi-
guières à la cour rétorquèrent ce reproche contre Blaccons, en disant qu'on justifierait par une lettre qu'il avait écrite à son beau-frère qu'en même temps qu'il faisait au roi des assurances de son obéissance , et qu'il mandait si poliment à Lesdiguières qu'il pouvait venir à Orange, il était dans des dispositions toutes contraires. Je ne me rends caution ni de l'une ni de l'autre accusation.
Quoi qu'il en soit, pendant que cette brouillerie retardait la conclusion de l'affaire d'Orange, celle de l'assemblée de Châtellerault finit. On y vit arriver avec plaisir les deux brevets que. sa majesté avait chargé Fresne de m'envoyer; ils sont datés du 4 août i6o5. Le roi y paraît les accorder aux protestans comme une grâce qui doit les confirmer dans le respect et la fidélité qu'ils lui doivent. En les remettant à l'assemblée , je déclarai que l'intention de sa majesté était qu'elle se séparât après qu'elle aurait entendu par ma bouche les dernières volontés du roi , afin Vie ne pas tenir plus longtemps les esprits en suspens dans les provinces, où je savais que les différens bruits du résultat de l'assemblée causaient une altération pareille à celle de deux partis qui sont près d'en venir aux mains. J'enjbignis'aux députés , lorsqu'ils^eraient retournés dans leurs provinces , d'y représenter avec sincérité la manière dont le roi et ses ministres avaient agi et traité avec, eu* , et de se tenir ■