‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 178 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME. 3()l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME. 3()l

objet fut de lui indiquer une grande partie de ses torts. Il se justifia auprès de moi par une réponse fort étudiée, qu'il crut devoir aussi envoyer au roi jointe à ma lettre, comme pour faire voir qu'il n'avait laissé aucun des chefs d'accusation sans l'effacer.

Je vins rendre compte de ma gestion au roi. Ce prince , au partir de Monceaux , où il avait eu quelques légers accès de goutte, était revenu, sur la fin de juillet , à Paris, d'où il alla passer les huit premiers jours d'août à Saint -Germain. Il y fut tourmenté par une fluxion sur la joue et sur les dents , qu'il n'eut pas plus tôt fait percer dans la bouche , qu'il fut guéri. Cet accident l'obligea de reprendre les eaux, qui , avec la diète , étaient son grand remède. Je le trouvai à Fontainebleau , où il s'était acheminé de Saint-Germain. Il m'embrassa deux fois avec mille caresses ; il permit que mes secrétaires et toute ma suite que j'avais avec moi lui fissent la révérence ; et m'ayant encore une fois tenu étroitement serré entre ses bras, il me mena dans la longue galerie du jardin des Pins , où nous eûmes ensemble un entretien de deux heures.

Il commença par m'instruire de tout ce qu'il pouvait y avoir de nouvelles intéressantes dans les pays étrangers , et ensuite de ce qui s'était passé pendant mon absence, soit dans le conseil

par rapport aux . finances , soit à la cour , où les brouilleries domestiques , qui s'étaient fortement réveillées , lui avaient fait désirer plus de vingt fois , disait-il , que je fusse auprès de lui. Il me questionna à mon tour sur différentes particularités de mon voyage , et notamment sur les dispositions où j'avais pu connaître qu'étaient et les églises protestantes et quelques-uns des chefs du parti , qu'il me nomma. Je le comblai de joie par les preuves que je lui donnai pour celles-là d'une soumission volontaire qui l'assurait dans les autres d'une obéissance forcée. Je lui 6s toucher au doigt que Lesdiguières , ce particulier dont il exaltait tant les forces , l'argent , les places et la capacité , qui troublait le repos de son maître, parla crainte que ses procédés équivoques ne se terminassent à la fin par une infidélité déclarée , était pourtant si faible en toutes manières , que , si sa majesté marchait droit à lui avec une armée seulement de six mille hommes , sans s'arrêter à aucune place , elle le pousserait d'abord jusqu'à son dernier retranchement , où rien ne pourrait le sauver de tomber entre ses mains ; ce qu'il n'était pas à propos de faire actuellement contre Lesdiguières , parce qu'il n'en avait pas encore donné un sujet suffisant. Je montrai au roi qu'il était temps, et de la dernière conséquence pour l'extinction delà rébellion, de l'entreprendre contre le duc de Bouillon,

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