‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 179 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIEME. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME. 3o

en prenant seulement la précaution de ne mettre en la place des lieutenans qu'on ôterait de ses villes que d'autres lieutenans protestans. Je me rendis caution qu'aucune de ces places ne donnerait la peine qu'on la battît avec le canon.

Ces considérations déterminèrent enfin Henri , quoique toujours avec un peu de difficulté , à ne pas différer plus long-temps ce voyage dans les provinces méridionales de la France dont il a déjà été fait mention. Les deux objets qu'il s'y proposa , et qui lui firent prendre sa route du côté de l'Auvergne et du Limousin , furent de s'emparer de toutes les places du duc de Bouillon, et de donner des exemples de justice si terribles contre ceux qui se trouveraient convaincus d'avoir conspiré contre l'état , qu'il étouffât toutes les semences de révolte pour l'avenir. Pour le premier, il fit envoyer au duc d'Épernon des commissions pour lever jusqu'à trois mille hommes de pied. Il augmenta jusqu'à pareil nombre le régiment de ses gardes $ e^lestina pour l'accompagner un escadron de huit ou neuf cents chevaux de compagnies réglées , tant gendarmes que chevau -légers. Pour le second , il se proposa de tenir les grandsjours, et d'en faire rendre et exécuter les arrêts par une chambre de justice qu'il mènerait avec lui , afin que rien ne retardât le cours de sa justice. Cet appareil était en effet absolument néces-

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saire dans les provinces où il semble que l'air contagieux des dissensions civiles se fût concentré , lorsqu'il était dissipé presque partout. L'affaire d'Orange demandait aussi cette démarche , qu'on ne pouvait faire d'ailleurs dans un temps plus favorable , les affaires de Flandre et d'Angleterre donnant cette année un loisir qui pouvait n'être pas de longue durée.

Je fis remarquer au* roi que ce voyage, devant être achevé avant la fin d'octobre , ne souffrait pas un môment de retardement. Henri trouva encore que je le pressais un peu trop instamment ; mais enfin il se résolut à tout. Nous réglâmes ensemble que sa majesté prendrait par la Loire avec ses troupes de pied et de cheval , pendant qu'avec ùh train d'artillerie de deux canons, deux coulevrines et deux pièces bâtardes , je m'acheminerais de mon côté par Mont rond , qui est le chemin le . plus droit. Je laissai Henri s'occuper de ce qui regardait les gens de guerre , et je m'en retournai à Paris mettre ordre aux affaires du conseil , le plus expétfiti veinent qu'il était possible , et pour nommer les merribres de la chambre des grands jours, qu'il était nécessaire de faire partir les premiers. . . . ■ .

On s'imagina à la cour et au conseil qu'il en serait de cè voyage comme de, celui de Provence Vannée précédente. L'ordre d'un déjpart si pro-

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