‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 180 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

cbain , et dans une saison encore plus avancée , fournit mille nouvelles raisons aux sensuels et aux paresseux. Lorsqu'on vit que Henri était inflexible , on se disposa à le suivre, en maudissant bien des fois celui qu'on accusait de lui en avoir donné le conseil. Mais ce fut une vraie consternation parmi les partisans du duc de Bouillon , qui n'avaient pas fait , comme on l'imagine aisément , le moindre effort pour détourner l'orage. La Chapelle- Biron 1 et Giversac , qui y tenaient les premiers rangs, comme ayant le plus touché d'argent espagnol, prièrent le sieur de Foussac 2 de venir en cour assurer à sa majesté qu'ils étaient prêts à lui donner toutes les marques qu'elle exigerait de leur obéissance. Il n'y eut que ceux de Turenne qui firent quelque démonstration de vouloir se défendre. Rignac3 et Bassignac se jetèrent dans cette place. On y assembla des munitions , et on y logea toute l'artillerie sur les plate-formes. Cet avis fut donné par le même Foussac et par Baumevielle , qui dépêcha à sa majesté le sénéchal de Brive ; mais tout cela se faisait avec tant de frayeur, que le roi , qui avait voulu que d'Éper-

' Charles de Charbonnières, sieur de La Chapelle-Biron. Marc de Guignac, sieur de Giversac.

" Raimond de Sognac, sieur de Foussac.

1 Pierre de Rignac. Gédéon de Bassignac, ou Vassignac.

non et Roissi1 s'avançassent toujours avant lui de ce côté-là avec ses troupes, ne jugea pas à propos de leur joindre le régiment des gardes, qu'il avait d'abord destiné à les accompagner.

Foussac donna encore quelques autres avis f répondant à çe qu'avait dit Rodelle , de l'état de la révolte des provinces de Limousin , de Périgord et de Quercy. On sut par lui que la raison pour laquelle un grand nombre de gentilshommes de ces provinces , qui devaient venir se jeter aux pieds de sa majesté , ne l'avaient point fait , c'est qu'ils* en avaient été dissuadés par L'Aubagnac , venant de Sedan , et que plusieurs (Veux avaieut encore touché tout nouvellement de l'argent d'Espagne, par la Guienne.. Le duc de Bouillon , sous le nom duquel cet argent était donné , leur avait fait dire en même temps de ne pas prendre l'alarme, ni perdre courage , parce qu'il s'engageait à faire tout autre chose encore pour eux avant le mois d'octobre ; que ses amis , c'étaient ses termes , le verraient plus tôt qu'ils n'espéraient, et ses ennemis plus tôt qu'ils ne souhaitaient. Il leur imposa par des paroles si magnifiques. ' Foussac assurait pourtant qu'il n'était pas venu d'Espagne plus de dix ou douze mille écus ; mais , Bouillon , payant toujours^ de hardiesse, m défaut -d'argent, leur

' Jean-Jacques de Mesme, seigneur de Roissi.

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