LIVRE VINGT-DEUXIÈME. 3p
et de Bassignac dans Turenne et Saint-nCéré se confirmait; on mandait même de Metz que BouiU Ion pourrait bien être secouru d'ailleurs. L'éjec* teur Palatin avait fait venir, disait-on * ses colonels et capitaines sur le bruit de l'expédition du roi , et le gouverneur de Luxembourg faisait des préparatifs et amassait des hommes. D'Épernon pressait sans cesse le roi de s'avancer, et dematfdait, avec quelque sorte de chagrin* defe officiera et des vivres pour les recrues, qu'il disait avoi* eu beaucoup de peine à faire. Sa majesté me renvoya cette affaire , pour y donner ordre par d'Escures, ou tels autres officiers et habitans des lieux; et quant à la résistance de Bouillon, elle s'y tint préparée, quoiqu'elle n'y trouvât aucune apparence.
En effet ce prince était à peine arrivé à Blois, qu'il y reçut un courrier du duc, chargé d'une; lettre datée de Sedan , du âo septembre , dans la* quelle il mandait au roi , après les protestation» accoutumées de désespoir d'avoir déplu à sa ma* jesté , et de ses dispositions à réparer sa faute au prix de son saty;? qu'il n'a jamais eu la moindre pensée de résister à. sès ordres * ni à sa personne > qu'il a commandé de la manière la plus absolue à ses liëutenans de la recevoir dans toutes ses villes et ses maisons; ordre.- inutile, ajoutait-il, parce qu'aucune des personnes à lui ne regardait os
prince que comme son souverain maître; qu'il aurait souhaité de tout son cœur d'être à portée de lui en aller lui-même présenter les clefs, en lui demandant humblement la faveur de le recevoir en grâce. Le roi parut satisfait du procédé du duc de Bouillon; il trouva pourtant qu'il y manquait que Rignac et Bassignac, si grièvement^ chargés , fussent venus en personne justifier leurs actions. Blanchard, celui de tous que Henri souhaitait le plus de voir, parce que personne n'entrait plus avant dans la confidence de Bouillon , dont il était intendant, et n'avait plus de connaissance de tout le parti , ne paraissait point non plus. Ce prince crut donc ne pouvoir point discontinuer sa marche, du moins jusqu'à Limoges, poiir voir jusqu'où les lieutenans de Bouillon pousseraient la désobéissance; cependant Blanchard arriva à Blois avant que sa majesté en fût partie , et ce qui kii fit encore plus de plaisir, c'est qu'il y vint de lui-même et dans le dessein d'obtenir son pardon par sa sincérité.
Blanchard dévoila en effet tout le mystère de l'intrigue. Il avoua qu'en secondant de toutes ses forces, comme il convint l'avoir fait , Jes mauvaises intentions du duc son maitre, il avait toujours été réduit à la ruse d'exagérer les faits, de -grossir le? objets, et de fairje des promesses mille fois au-dessus de ce qu'on savait bien pouvoir