‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 183 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME. l\0 I · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME. l\0 I

tenir : en sorte que l'exécution avait toujours été aussi éloignée qu'on avait affecté de la dire prochaine et avancée. Cette déposition de Blanchard parut à sa majesté d'une si grande conséquence , qu'elle la lui fit donner par écrit. Elle commença enfin à se sentir convaincue de la vérité de mon opinion , à laquelle elle s'était long- temps refusée, que le parti de Bouillon ne faisait tant de bruit que parce qu'il ne pouvait rien faire que du bruit. Henri ne voulut point encore après cela ni s'arrêter, ni désarmer, afin de ne voir apporter aucune modification à ses volontés. Il lui revenait qu'on disait parmi les protestans que les places du duc de Bouillon ne lui appartenaient pas plus qu'au parti entier , ayant été données pour villes de sûreté , et gardées comme telles par des officiers de la religion : ce prétexte pouvait cacher un refus. Il lui parut plus sûr de ne licencier ses troupes et ses équipages qu'après que Villepion , qu'il avait nommé pour prendre en son nom possession de Turenne , aurait été reçu dans cette capitale du duc de Bouillon. J'avais écrit àLa Caillaudière, qu'il pouvait congédier la cavalerie. Sa majesté me fit révoquer cet ordre , et partit de Blois au commencement d'octobre , pour se rendre à Tours; car la marche par Montrichard et Loches avait encore une fois été changée.

La commodité de la rivière et du château du iv. • 16

Plessis détermina aussi la reine , qui était venue à Blois avec sa majesté , à passer jusqu'à Tours. Le roi , en me faisant part de ce nouveau changement , me manda qu'après que cette princesse se serait séparée de lui pour s'en retourner à Paris , il continuerait par la Haye jusqu'à Châtellerault , où je lui avais fait savoir que je pourrais l'aller trouver. Tout cela s'exécuta. A mesure que sa majesté avançait , tout s'aplanissait devant elle. Villepion fut reçu dans Turenne sans la moindre difficulté ; et avant que Henri fût à Limoges toutes les autres places de la dépendance du duc de Bouillon furent remises de même aux officiers que sa majesté y envoya représenter sa personne : c'était pour se conformer à l'exemple du duc , qui continuait de dire hautement qu'il n'avait jamais eu de part aux troubles de la province, et qu'on ne Pen avait accusé que par pure calomnie. Bassignac se distingua par son obstination. Il se déguisa , en se faisant couper la barbe , et se sauva à Sedan par Genève.

Ne restant plus rien à faire pour les armes , la chambre des grands jours commença ses fonctions. Le roi n'en attendit pas la fin. Il s'ennuyait à Limoges ; il en partit aj)rès un. séjour de huit jours, c'est-à-dire à la mi-octobre, et revint à Paris en poste. lime laissa dans cette province , chargé de toute son autorité , tant pçur le licenciement

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