‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 184 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIEME. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME. 4o

des troupes que pour les affaires criminelles ; ce qui m'y retint dix jours entiers après lui. On remonta jusqu'à la source de la révolte; on en r& chercha les premiers moteurs , et si bien , que rien ne branla dans la suite. Il parut suffisant d'abattre dix ou douze têtes des plus échauffés. ^ Les plus considérables furent les deux Luquisses,

gentilshommes languedociens , dont il a été parlé, et Meirargues 1 , parent des Joyeuses , pour avoir entrepris de livrer aux Espagnols , celui-ci Marseille , et ceux-là Narbonne. Je ne doute point qu'après cela la haine des protestans pour moi n'ait monté à son comble. Je ne puis que les plaindre de l'injustice de ce sentiment, qui pourtant ne passa pas à tous. Le suffrage et l'amitié

• Louis d'Alagon, ou mieux de Lagonia, baron de Meirargues, fut arrêté à Paris, dans le cloître de Saint-Germain, avec le secrétaire de l'ambassadeur espagnol , et décapité le 19 décembre. Son corps , mis en quartiers , fut attaché aux quatre principales portes dé la ville, et sa téte portée à Marseille, où elle fut aussi exposée au bout d'une pique, sur la principale porte. Le roi fit relâcher le secrétaire espagnol, sans attendre la décision de la question qu'on agita fortement , s'il est permis d'abandonner à la justice un ambassadeur résident, ou tel autre agent étranger, et ceux de leur suite, lorsqu'ils violent le droit des gens : Manuscrits royaux, 8477. Voyez encore cette question discutée, et les discours que Henri IV tint à ce sujet à l'ambassadeur d'Espagne : Mémoires de Nevers, t. a, p. 88; Matthieu, t. 2, liv. 3, p. 689, et autres historiens.

du seul Théodore de Beze me consoleraient et me tiendraient lieu de mille autres.

Ce vénérable vieillard , qui exerçait le ministère de pasteur à Genève , tomba malade sur la fin de cette année ; il était dans sa quatre-vingtseptième année. Au moment de la grande éclipse de soleil , qui a rendu celle-ci mémorable 1 , sa maladie, qui avait été jusque là fort peu de chose, augmenta si considérablement , qu'il ne vécut plus que peu de jours , ayant conservé jusqu'au dernier instant toute la fermeté de son esprit , dans un corps exténué et presque éteint. 11 se fit lever , pour faire à Dieu les prières les plus ferventes , et aux assistans de touchantes exhortations : cela fait, il se recoucha dans son lit, où il expira sans douleur , et par le seul effet de l'épuisement de

• Arrivée le i octobre, selon de Thou, et le 3, selon le Mercure français, à une heure après midi. Elle dura environ deux heures, et pendant une demi-heure, l'obscurité fut aussi grande qu'elle peut l'être : Le Grain dit que, pendant deux heures et demie, on aurait eu de la peine à lire et à écrire sans chandelle. L'Étoile, non plus que Sully, n'est pas guéri du préjugé populaire sur les éclipses. « Plusieurs étranges et « diverses maladies , dit-il , régnèrent à Paris en cette saison ; « et avec l'éclipsé, qui advint le i a de ce mois, s'éclipsèrent « beaucoup de personnes, qui depuis n'ont été vues; les dy- « senteries surtout furent dangereuses et mortelles à ceux qui » s'en trouvèrent atteints, et plus ailleurs qu'à Paris, car il « en échappait fort peu. «(Année i6o5.) Le même dit que Beze mourut le lendemain de l'éclipsé.

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