‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 185 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIEME. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIEME. 4o

la nature. Il ne m'oublia pas dans ces Rio m en s ; et croyant me devoir quelque reconnaissance de la visite que je lui avais faite à Genève , et' du service que je lui avais rendu en le présentant à sa majesté à la téte des autres députés de sa ville , il recommanda à Deodati de m'offrir de sa part son livre intitulé Trésor de piété : c'était le nouveau Testament , traduit de sa façon , avec des notes, qui, jointes aux autres versions anciennes et nouvelles , formaient un ouvrage complet. Il s'était liyré à ses sentimens pour moi dans la dédicace qu'il m'en faisait à la tète du livre. Deodati , pour satisfaire à cette dernière volonté de Beze , m'envoya , dans le mois de novembre , lelivre , avec une lettre , d'où je tire ces circonstances.

Je finis celui du voyage de sa majesté par un démêlé que j'y eus avec le comte de Soissons , suivi d'un second avec le duc d'Epernon. Le comte ayant eu quelque pique contre le roi en partant de Paris , jugea à propos de s'en venger sur moi. Je laissai mon équipage d'artillerie suivre le droit chemin de Limoges , pour venir , comme je l'ai dit , trouver sa majesté à Châtellerault. Le comte donna ordre à son fourrier de venir avec les maréchaux des logis qui étaient actuellement occupés à marquer le logement du roi , de s'informer de celui qui m'était réservé, et de le prendre

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pour lui f en le marquant malgré toute opposition. Cela était beaucoup plus aisé à dire qu'à faire. Un grand nombre de gentilshommes de la province , aussi bien informés que moi des droits du gouverneur, se trouvèrent présens, lorsque le fourrier du comte voulut exécuter son ordre , et ils l'en empêchèrent, sans même que je le susse. Le comte de Soissons ne manqua pas d'en aller aussitôt porter ses plaintes au roi , et il ajouta , pour grossir une offense qu'il disait toucher à son honneur, que j'avais fait battre ses fourriers.

Le roi lui donna peu de satisfaction , connaissant son humeur; mais le comte fit tant de bruit, et assura le fait si positivement , que Henri m'envoya d'Escures pour savoir comment la chose s'était passée. Je ne pus lui dire autre chose , après être allé aux informations , sinon que , s'étant trouvé devant mon logis plus de cinquante gentilshommes poitevins , ils avaient élevé tous ensemble la voix , et tout au plus menacé le fourrier du comte , s'il voulait passer plus avant. Le comte de Soissons persista à vouloir que je lui eusse fait une insulte , et que le roi lui en fît justice. Il ne trouva personne de son côté , et Henri chercha par toutes sortes de raisons à lui faire connaître le peu de fondement de sa plainte. 11 lui dit qu'outre le droit ordinaire , ç-ui fait qu'un gouverneur ne le cède dans sa province qu'à la

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