LIVRE VINGT-DEUXIÈME
que je lui donnai sans hésiter. De son côté , elle promit de suivre en tout mes conseils , afin que je n'eusse aucun reproche à lui faire ni à essuyer à cause d'elle. Après ces engagemens réciproques, nous nous séparâmes ; je pris la route de Châtellerault, et Marguerite celle du château de Madrid, où elle devait aller descendre.
Outre le motif de la satisfaction de cette princesse, qui méritait bien qu'on y contribuât, le roi avait une autre raison de consentir qu'elle quittât son séjour d'Usson 1 ; c'est le désir de se mettre lui-même en possession de ce vieux château , que sa situation dans un pays fort suspect pouvait rendre un jour une retraite de séditieux , comme avait été celui de Cariât , afin de le faire sauter, comme on avait fait celui-ci, supposé qu'il ne valût pas la peine d'être conservé. Pour cela, le roi m'envoya ordre, après que Marguerite en fut partie , de faire descendre sur le lieu un commissaire intelligent et fidèle, et de lui faire faire une information exacte de l'état où était ac-
" Elle y avait demeuré près de vingt ans. Au sortir d'Agen, d'où elle s'échappa , travestie en simple bourgeoise, et portée en croupe, par Lignerat, elle vint demeurer à Cariât, château appartenant à un gentilhomme nommé Marias. Le marquis de Canillac l'enleva de ce château, et l'enferma dans celui d'Usson, où elle se plut tant, qu'elle en fit sa demeure, quoiqu'il ne tînt qu'à elle d'en sortir.
tuellenient le château d'Usson , sans qu'il témoignât que ce fût à cette intention qu'il y était allé ; mais comme La Varenne, revenu depuis peu d'auprès de cette princesse, témoigna à Henri qu'il lui fâcherait qu'Usson fut démoli, du moins si peu de temps après sa sortie, ce prince me manda et me fit mander par Villeroi de surseoir le départ du commissaire jusqu'à ce qu'il eût vu la reine Marguerite. Ce second ordre serait venu trop tard , si heureusement la personne sur laquelle j'avais jeté les yeux, qui était un des meilleurs ingénieurs de tout le corps de l'artillerie , n'eût pas eu une maladie qui lui fit différer son voyage de quelques jours.
L'arrivée de la reine Marguerite, et l'accueil favorable qu'on savait que Henri lui préparait, donnèrent lieu à quelques-uns de ces discours peu mesurés qui sont le partage de la sotte populace. Le plus court étant de ne pas s'en apercevoir , le roi ne changea rien à la réception pleine d'honneur et de distinction qu'il avait résolu de lui faire. Ce prince l'envoya visiter de sa part par M. de Vendôme et par Roquelaure , sitôt qu'il sut qu'elle était à Paris, en attendant qu'il pût y venir lui-même , car il était encore à Monceaux , et il en partit à cet effet. La reine fit aussi la même civilité à la princesse par Château- Vieux. Henri alla en personne, le 16 juillet, visiter la reine