‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 189 sur 245 · LIVRE VIWGT-DEUXIEME. I^l · texte numérisé non relu

LIVRE VIWGT-DEUXIEME. I^l

Marguerite au bois de Boulogne 1 , où elle s'était logée , n'ayant fait que passer par Paris ; il partit à sept heures du soir, et revint à dix. Tout se passa avec une égale satisfaction des deux parts. Le roi

' De là elle vint loger à l'hôtel de Sens, proche X Ave-Maria; ensuite elle prit un hôtel au faubourg Saint-Germain, vis-à-vis du Louvre, où elle demeura jusqu'à sa mort. Cette princesse a été si fort décriée dans les libelles de ce temps-là , qu'on pourrait accuser Sully de partialité , dans les louanges qu'il lui donne partout dans ses mémoires, si son témoignage ne se trouvait pas appuyé de celui de nos meilleurs historiens. Voici comme en parle après eux l'auteur de l'histoire de la mère et du fils : « L'abaissement de sa condition était si relevé « par la bonté et les vertus royales qui étaient en elle, qu'elle « n'en était point à mépris. Vraie héritière de la maison de «Valois, elle ne fit jamais don à personne, sans excuse de a donner si peu; elle était le refuge des hommes de lettres, « aimait à les entendre parler; sa table en était toujours envi- « ronnée , et elle apprit tant en leur conversation , qu'elle par- « lait mieux que femme de son temps, et écrivait plus elo- « qucmmentquc la condition ordinaire de son sexe ne portait. « Enfin, comme la charité est la reine des vertus, cette grande « reine couronnait les siennes par celle de l'aumône, qu'elle « départait si abondamment à tous les nécessiteux , qu'il n'y « avait maison religieuse dans Paris qui ne s'en sentit, ni pau- « vre qui eut recours à elle sans en tirer assistance; aussi Dieu

« récompensa avec usure, par sa miséricorde, celle qu'elle « exerçait envers les siens, lui donnant la grâce de faire une « fin si chrétienne. » (Tome i, p. 326.) Voilà bien de quoi compenser quelques fautes de légèreté et de fragilité humaine, a quoi se réduisent les accusations faites contre cette princesse. Si l'on est curieux, au reste, de lire tout ce qui a été écrit pour et contre sur ce sujet, on peut consulter MM. de Thon ,

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parla à cette princesse du château d'Usson; elle consentit à tout ce qu'il lui proposa, et tout ce qui se fit à ce sujet fut toujours après avoir demandé sur chaque chose l'agrément de Marguerite. Elle vint à son tour, le 28 du même mois, à Paris, voir la reine , qui l'attendit et la reçut au Louvre. Elle alla ensuite, le 4 août, à Saint-Germain, rendre le même devoir au dauphin; elle y passa même quatre ou cinq jours avec leurs majestés , Henri n'ayant point de plus gfand plaisir que de voir ses enfans, comme ses fréquens voyages à Saint-Germain le font assez connaître. Enfin elle s'en retourna le 1 1 au bois de Boulogne , sensiblement touchée de toutes les manières gracieuses de leurs majestés pour elle.

Par les ordres quelle donna à ses officiers restés à Usson , Baranton , qui fut celui que sa majesté envoya en faire la visite, ne trouva aucune

Dupleix, Mézerai, le P. Daniel, l éloge des dames illustres du P. Hilarion de Coste, Bassompierre , le dictionnaire de Bayle au mot d' Usson, et une infinité d'autres écrits. Elle mourut le

•27 mars 161 5, dans son hôtel du faubourg Saint-Germain, qui a été démoli depuis. Sa sépulture est dans l'église des Augustins réformés , nommés depuis les Petits- Augustins , qu'elle avait fondés. « Elle fut grandement regrettée, disent les mémoires de « la régence de Marie de Médicis ; princesse pleine de bonté, et « de bonne intention au bien et au repos de 1 état, qui ne fai- « sait mal qu'à elle-même. » Ce peu de paroles nous donné , je crois, l'idée juste qu'on doit se former du caractère de cette princesse, et se rapporte assez a ce qu'en a dit le duc de Sully.

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