‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 190 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME. f\ I · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME. f\ I

opposition ; au contraire, ils le firent tout d'abord maître du château ; il en dressa son devis, et l'apporta au roi , qui , persistant dans son premier dessein de le démanteler , m'ordonna de faire partir au plus tôt pour cette exécution un ingénieur ou un commissaire d'artillerie. Je fus chargé de sa part de remercier Marguerite du bon cœur avec lequel elle avait fait ce sacrifice , et de payer exactement la valeur de tout ce qui se trouva de munitions à Usson , que Marguerite avait destinées au paiement de la garnison qu'elle y entretenait , si cette princesse n'aimait mieux abandonner à ses gens de guerre ces provisions de guerre et de bouche en nature.

Je mets fin aux mémoires de la présente année par un article pour lequel je me tiens déjà sûr de l'approbation et des remercîmens des cœurs nés droits et sensibles. Dans toutes les villes considérables du royaume , particulièrement dans celles où il y avait des arsenaux et des académies , on tenait aussi j)our la jeune noblesse école de toutes sortes de jeux et d'exercices , soit militaires , soit de simple adresse ; et on ne les cultivait en aucun endroit avec plus de soin qu a Paris, où les cours de l'Arsenal destinées à cet usage étaient remplies presqu'à toutes les heures du jour. J'ai toujours été là-dessus du sentiment de Henri , qu'il n'y a point de fondement plus solide . non-seuleiv. 27

trient de la discipline et des autres vertus militaires, mais encore de cette noblesse desentimens et de cette élévation de cœur qui donnent à une nation la prééminence sur toutes les autres. J'y assistais même , lorsque je pouvais dérober un moment aux affaires , autant par goût que parce que je croyais ma présence propre à donner de l'émulation.

Un après-midi de carnaval, temps le plus favorable à ces jeux, j'étais sorti de mon cabinet pour me faire voir à toute cette jeunesse assemblée ; j'arrivai fort à propos pour empêcher la suite de deux querelles que ce faux point d'honneur dont on a bien voulu se rendre esclave en France allait rendre bien tragique; elles s'étaient élevées pour un rien i comme la plupart de celles dont on voit s'ensuivre ces catastrophes si sanglantes ; mais le roi ^ je suis fâché de le dire, tenait si mal la main aux édits que quelques-uns de ses prédécesseurs avaient déjà donnés contre l'usage barbare du duel , qu'on voyait tous les jours répandue beaucoup de sang pour des sujets très-légers.

Je crus devoir remontrer à ces jeunes gens , qui s'assemblèrent autour de moi , Terreur où ils étaient sur le fait de la véritable valeur. C'est , leulr disais-je , dans les lieux destinés à la guerre , et dans les actions qui ont pour objet le service de la patrie , qu'il est permis au courage de se mon-

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