‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 192 sur 245 · LIVRE VIJJGT- DEUXIEME, fol · texte numérisé non relu

LIVRE VIJJGT- DEUXIEME, fol

quelque personne que ce fut de les permettre , en recevant ce qu'on appelait gages de bataille , et qu'il déclara ce droit réservé à lui seul.

Pour mieux faire sentir, par la différence des duels de ce temps-là d'avec ceux qu'on voit s'exécuter de nos jours, que dans une chose qui était elle-même un abus dès sa première origine , il s'en est glissé tant d'autres, qu'on ne sait plus de quel nom on doit se servir, il suffit d'une simple exposition des circonstances et des formalités qu'on voit qui s'y observaient.

En premier lieu , personne , quelque offense qu'on lui eût faite, ne pouvait en chercher la vengeance de son droit , et comme on le voit aujourd'hui , par un premier mouvement de fantaisie et d'emportement , encore moins par pure bravade , ce qui est , à mon sens , tout ce qu'on peut imaginer de plus contraire aux lois de la société. Ils avaient leurs juges, devant lesquels celui qui se croyait lésé dans son honneur allait expliquer son grief , et demander la permission de justifier par la voie jles armes , qu'il n'attaquait point son ennemi par une calomnie 7 U semble qu'il y avait de la honte à paraître chercher le sang pour le sang même. Ce juge, qui assez communément était le seigneur du lieu , ne manquait pas de faire venir aussitôt l'accusé , et n'admettait cette preuve par les armes, dont le défi se faisait en jetant par

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terre un gant , ou quelque autre gage, que quand il ne pouvait tirer d'ailleurs la preuve du crime ou de l'innocence.

Les gages étant reçus , le juge renvoyait la décision de la querelle à deux mois de là , pendant le premier desquels , les deux ennemis étaient livrés chacun à des amis communs , avec caution de les représenter. Ceux-ci s'attachaient par toutes sortes de moyens à découvrir le coupable , et à lui faire sentir l'injustice de soutenir une fausseté, dont il ne pouvait attendre que l'infamie, la perte de son âme et celle de sa vie; car ils étaient persuadés de la meilleure foi du monde que le ciel donnait toujours la victoire à la bonne cause , et par là, l'action, du duel devenait dans leur esprit un événement où l'homme n'avait plus de part. Les deux mois expirés , on mettait les deux comptai gnans en prison fermée; mais là ils tombaient entre les mains des ecclésiastiques , qui n'oubliaient rien de ce qu'ils jugeaient capable de les détourner de leur dessein. Si malgré tout cela ils y persistaient, on fixait enfin un jour où ils (Jevaient vider leur querelle. , »

Ce jour venu , on amenait dès le matin les deux champions à jeun , devant Le même juge , qui les obligeait encore tous deux à assurer par serment qu'ils disaient la vérité , après quoi on leur donnait à manger. Us s'armaient ensuite en sa pré-

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