‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 194 sur 245 · LIVRE VINGT-DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-DEUXIÈME

de gladiateurs, et sont en effet et plus méprisables et plus redoutables que ceux qui ont autrefois porté ce nom.

; Les formes observées en Allemagne dans les duels n'ont rien d'essentiellement différent de celles de France , que je viens de marquer , qui étaient aussi reçues en Espagne et en Angleterre ; seulement, celui qui se rendait à son adversaire pour une simple blessure était réputé infâme; il ne pouvait ni couper sa barbe ni posséder charges, ni porter armes, ni monter à cheval ; au contraire, celui qui s'était fait tuer en se défendant courageusement était enseveli avec beaucoup d'honneur. Une autre singularité , qui devait empêcher que les duels ne fussent communs dans l'Allemagne , c'est qu'il n'y avait que trois endroits où l'on pût se battre, Witzbourg en Franconie, Uspach et Hall en Suabe.

Je ne pus attendre que sa majesté fût de retour à Paris pour lui faire part du mémoire dont je viens de marquer le contenu, pour l'instruire des accidens qui y avaient donné lieu, et pour la prier d'aller au-devant d'un mal qui ne faisait que devenir de plus en plus contagieux par son indulgence. Je la priais, dans la lettre.que je lui écrivis sur ce sujet,* de faire attention au conseil que j'osais lui donner, de renouveler les édits contre les duels , d'en aggraver considérablement la puni-

tion, et d'y tenir sévèrement la main ; de défendre qu'on poursuivît autrement que juridiquement toute parole d'injure et d'offense; mais aussi de faire en sorte que la justice qu'on en obtiendrait fût assez prompte et assez bonne pour apaiser le complaignant, et faire repentir l'agresseur; enfin de faire afficher ce nouveau règlement au commencement de chaque année, dans les cours du Louvre, du Palais, de l'Arsenal et des lieux les plus fréquentés *. U est sûr , ainsi que je le représentais à sa majesté , qu'une réputation décidée sur le chapitre de la valeur personnelle, telle qu'était celle de ce prince, était capable de donner aux ordres qu'il aurait établis contre les duels le double de l'autorité attachée à la volonté des rois; mais celle dû maître des rois , supérieure à la leur, n'avait pas réservé cet abus à extirper au règne de Henri le Grand.

Ou peut dire, sans prétendre par là justifier ce prince , que son indulgence pour les duels lui venait de la disposition habituelle à voir sans émotion répandre le sang , qu'il avait contractée dans

' Qu'on lise attentivement tout ce que le cardinal de Richelieu a dit sur cette matière, daps son testament politique, seet. 2, chap. 3 , part. 1, qui a pour titre : Des moyens d'arrêter les duels : on conviendra que ce grand ministre parait avoir puisé toutes ses réflexions dans cet endroit de nos mémoires, et dans tous les autres où il est parlé du duel.

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