LIVRE DIX-SEPTIEME
unique de sa majesté , qui arriva dans le commencement de cette année, fut le premier événement auquel la cour s'intéressa. Henri en parut sensiblement touché ; il en porta le grand deuil , et il
souvent ce vers de Properce, en changeant le mot Venus en celui de Deus : Omni s amor magnus, sed apcrto in conjuge major; hanc V enus, ut vivat, ventilât ipsa faccrn. Son corps fut apporté à Vendôme, et mis à côté de celui de la reine Jeanne d'AJbret , sa mère. Le pape venait enfin d'accorder cette dispense, si long-temps sollicitée; mais la duchesse mourut avant qu'elle fut arrivée en Lorraine.
Henri IV trouva fort mauvais que le nonce du pape, au lieu du compliment de condoléance qu'il recevait de tous le» princes de l'Europe sur cette mort, ne lui parlât que de la crainte de sa sainteté sur le salut de cette princesse, morte hors le sein de l'Église; et il lui répondit, avec quelque mouvement d'indignation, mais très-judicieusement, que, pour penser dignement de Dieu, il fallait croire que le moment même où l'on rend le dernier soupir suffit à sa grâee pour mettre quelque pécheur que ce soit en état d'entrer dans le ciel. « Je ne mets point, dit-il , le salut de ma sœur en doute. » De Thou et Chronologie septénaire, année 1604.
C'est contre l'opinion de ces historiens qu'Amclot de La Houssaye, dans ses notes sur les lettres du cardinal d'Ossat, avance en plus d'un endroit que cette princesse n'aimait pas plus son mari qu'elle n'en était aimée. Il juge plus sensément que le but du voyage que fit le duc de Bar à Rome était moins de solliciter la dispense de son mariage que de l'empêcher ; mais que le pape n'eut garde de donner dans ce panneau. L'hôtel dont il est parlé ici, est l'hôtel de Soissons, appelé auparavant l'hôtel de la reine Catherine de Médicis, qui le laissa par legs à sa petite-fille , Christine de Lorraine ; mais à cause des dettes de Catherine, il fut vendu en 1 601, et acheté
voulut non-seulement que toute la cour le portât aussi, mais il le fit encore prendre au premier gentilhomme et aux officiers de sa chambre , au grand-maître et aux officiers de sa garde-robe, aux pages , en un mot, à tous ceux qui étaient de quartier, et la même disposition s'observa dans toute la maison de la reine.
Madame la duchesse de Bar avait laissé , en sortant de France, des dettes contractées dans Paris, qui n'étaient point encore acquittées , sans doute parce que cette princesse avaient été prévenue par la mort , puisqu'elle avait envoyé de Lorraine des joyaux pour être engagés et servir à satisfaire ses créanciers, qui avaient fait arrêt, tant sur les maisons que sur les meubles et autres effets de Madame. Ces maisons consistaient en son hôtel de Paris, une maison à Fontainebleau, et une autre à Saint-Germain , dont le roi son frère lui avait fait présent ; et entre autres meubles , il y avait dans sa galerie, sa chambre et ses cabinets, des tableaux qui méritaient d'être conservés dans les maisons royales , et que le roi souhaitait avoir pour cet effet ; mais on lui avait fait les dettes de
par madame la duchesse de Bar. Il fut revendu en 160/1 , cent mille livres, ou environ, au comte de Soissons, dont la 611e, Marie de Bourbon, le porta en i6a4, pour dot, au prince Thomas- François de Savoie- Car ignan , grand- père du prince Eugène.