‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 3 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. J · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. J

la duchesse si considérables, qu'il ne crut pas devoir penser à ses meubles , avant qu'elles eussent été liquidées; elles ne se trouvèrent monter qu'à vingt mille livres.

Je travaillai ensuite , par commission de sa ma* jesté, à faire l'inventaire des meubles et des joyaux de cette princesse. Ce qui rendait cette discussion embarrassante, outre la nature différente des dettes et des effets, c'était la spécification de la part que pouvaient avoir à ceux-ci, le roi de France et le duc de Bar, et la revendication qu'ils faisaient l'un et l'autre des bagues que la princesse avait engagées à Paris. Un mémoire trèsexact que madame dePangeas nous communiqua, des bagues et joyaux de Madame , soit avant, soit depuis son arrivée en Lorraine , et de la consistance de ses meubles de France , fut la pièce qui nous conduisit dans cet inventaire. Le tout fut exactement vérifié , en présence de deux ou trois personnes du conseil, nommées par sa majesté, et des commissaires du duc de Lorraine; et cela fait , chacun des deux princes se remit en possession de ce qui lui appartenait, ou devait lui revenir de ces effets. Sa majesté destina l'hôtel de Paris à être vendu ; aussi-bien en était-il encore dû une partie du prix de l'achat ; la somme qui proviendrait de cette vente, partagée en trois, suffisait à satisfaire le premier vendeur, avec tous

les autres créanciers? La maison de Fontainebleau fut donnée par le roi à la reine, en propre, et celle de Saint-Germain à la marquise de Veraeuil. Mais comme cette vente ne pouvait être consommée si tôt, et que les créanciers demandaient des sûretés, il fut convenu de leur consentement, entre les deux princes , que les bagues et joyaux seraient mis en dépôt entre mes mains, sans aucune autre caution que ma parole. Ils y restèrent jusqu'à l'année suivante , que la reine s'en étant accommodée , j'en fus déchargé par un acte daté du 28 juin i6o5 , et signé de Desmarquets et de Bontemps.

Je vais satisfaire à ma promesse de parler du rétablissement des jésuites. Malgré l'arrêt qui semblait devoir leur ôter à cet égard toute espérance, ils avaient trouvé les moyens de se rapprocher de la cour, et de s'y faire, jusque dans le conseil de sa majesté , un fort grand nombre de protecteurs et de partisans, dont la voix, jointe aux sollicitations pressantes et presque continuelles du pape, de la maison entière de Lorraine et d'une infinité d'autres personnes, soit du royaume , soit des pays étrangers, se trouva à la fin si forte, qu'il ne fut plus possible à Henri d'y résister. Il faut même convenir que ce prince ne se faisait pas en cela une grande violence. Quelques jésuites , auxquels ce qui s'était passé l'année précédente ,

livre dix-septième: 9 pendant le voyage de Metz, avait donné accès auprès de lui, en avaient profité avec tant d'adresse, qu'ils étaient parvenus jusqu'à s'en faire voir avec plaisir, et même jusqu'à approcher ensuite de lui familièrement. Ceux qu'on envoya ainsi tenter la fortune , et qu'on peut croire avoir été choisis avec tout le discernement d'une société qui se connaît bien en hommes , étaient les PP. Ignace, Mayus, Cotton, Armand et Alexandre; car le P. Gonthier ne se montra pas d'abord; le caractère de son esprit, plus ardent que souple, n'était pas alors de saison.

Lorsque les jésuites se furent assurés de cette manière d'une grande partie de la cour , et qu'ils crurent pouvoir se flatter que ce qui leur restait d'ennemis dans le conseil, ou seraient les plus faibles , ou ne pourraient contredire une proposition qu'on saurait être agréable au roi, ils présentèrent en forme leur requête à sa majesté, qui , ayant en effet pris le parti le plus favorable pour eux, ordonna un jour à M. le connétable, d'assembler chez lui un conseil composé de M. le chancelier, MM. de Château-Neuf, Pontcarré , Villeroi, Maisses , le président de Thou, Calignon , Jeannin , Sillery , de Vie et Caumartin , pour y entendre par la bouche de La Varenne , le plus zélé solliciteur des0 jésuites, les propositions de la société, et les raisons sur lesquelles

elle s appuyait, en délibérer, et lui en faire son rapport f.

* Le parlement de Paris ayant été informé de la résolution du roi au sujet du rétablissement des jésuites, députa vers sa majesté le premier président de Harlay pour lui faire des remontrances. Le discours de ce président fut plein de force et de dignité ; on peut en voir la substance dans de Thou , qui , après avoir rapporté en témoin occulaire ce qui se passa dans cette occasion entre le roi et son parlement , se plaint d'un écrit qu'on répandit alors sous le nom de Réponse du roi aux rtmçntrances du parlement, et qui n'est qu'un tissu de reproches de la part de ce prince au premier président, et de louanges des jésuites, sa majesté n'ayaut rien répondu autre chose aux députés du parlement sinon qu'elle les remerciait du soin qu'ils paraissaient avoir de sa vie , et qu'elle saurait prendre toutes les mesures pour ne courir aucun danger. La longueur et le tour de cet écrit déposent en faveur de Thou ; mais d'un autre côté cette réponse, vraie ou prétendue, de Henri IV est rapportée dans le quatrième tome des Mémoires d'état de Villeroi, p. 400. Elle est confirmée par Matthieu , historiographe de ce prince, auquel Henri IV fournissait lui-même des mémoires pour son histoire, t. a, liv. 3. C'est sur cette autorité, qui est d'un grand poids , que le P. Daniel l'a citée dans son Histoire de France, in-fol., t. 3, p. 1939. Ce qui porte à croire que cette réponse de Henri IV est véritable, du moins quant au fond, c'est que de Thou ne laisse pas de convenir qu'après la réponse du roi, qui renfermait un ordre d'enregistrer son édit, le parlement ayant encore cherché les moyens d'éluder cet enregistrement, sa majesté fit venir une seconde fois les gens du roi, auxquels elle déclara sa volonté avec autorité, et même avec colère, et qu'ensuite elle envoya André Hurault de Maisses, l'un denses secrétaires d'état, au parlement, pour y faire vérifier son édit sans aucune modification.

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