LIVRE VINGT-TROISIÈME
«l'Autriche, ne se sente pas pénétré d'indignation?. Ce Raoul de Habsbourg, dont les plus nobles travaux , lorsqu'on lui vint annoncer son élection à l'Empire , avaient été de conduire aux environs de Bâle quelques soldats , du temps des factions des Étoiles et des Papeguais , n'a point de repos qu'il n'ait partagé l'Alsace entre lui et la ville de Strasbourg , et ensuite augmenté son petit domaine des duchés d'Autriche , Stirie, Carinthie , et, des autres biens héréditaires que possède aujourd'hui sa maison en Allemagne. Depuis le commencement du quatorzième siècle, où ceci se passait , jusqu'à nos jours , combien d'états, quelle immense étendue de pays n'a-t-elle pas dévorée! Tous les royaumes d'Espagne , ceux de Napies et de Sicile , en Italie , avec les îles de Sardaigne , Majorque et Minorque , la Bohème et la Hongrie , en Allemagne, la Bourgogne, la Flandre et tous les Pays- Bas ; joignez-y les possessions qu'elle s'est faites dans les îles orientales et dans le Nouveau-Monde, presque égales en étendue à tout ce que nous
connaissons des trois autres parties de la terre , doutera-t-on encore que Charles-Quint, qui est celui qui Fa élevée à un si haut degré de puissance , enflé de tant de succès , n'ait songé trèssérieusement à engloutir le reste de l'Europe , l'Asie et l'Afrique ?
Ce vain projet de monarchie universelle de-
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mande-t-il d'autre preuve que la destruction des protestans d'Allemagne , la conquête de Tunis et d'Alger , l'invasion de la France , si bien déclarée par l'irruption en Provence, et parle fameux siège de Metz , toutes entreprises formées en même temps par cet orgueilleux monarque ? Et si nous avons vu échouer ce projet , à quoi faut-il l'attribuer , sinon aux différentes circonstances et aux obstacles qu'apporte à son propre bonheur , par trop de précipitation , un cœur qui , tout enivré de ses triomphes, ne voit plus rien d'impossible? Charles-Quint entreprend trop de choses, et trop au-dessus de ses forces ; il s'y porte sans précaution , et presque sans préparation ; il brave la terre , la mer, les élémens et les saisons; Soliman , qui lui tient tête dans l'Europe , l'Asie et l'Afrique , François I, Henri VIII, le pape, les rois de Navarre, de Tunis et d'Alger, et, pour mieux dire, tous les princes de la chrétienté, qu'il a forcés de s'armer contre lui , sont autant d'ennemis qu'il dédaigne et qu'il n'aperçoit presque pas. Il ne sait pas ménager les seules ressources qui lui restent; ses propres sujets se révoltent en Espagne , en Flandre et en Sicile. Lorsqu'enfin il a reconnu son erreur , il n'y connaît d'autre remède que d'en sortir par un coup de désespoir qui lui fait tout abandonner pour se confiner dans un cloître. Je ne traçais jamais ce tableau à Henri sans y ajouter