LIVRE VJNGT-TROISIÈME
me déclara que son dessein était d'y marcher en personne, à moins qu'il ne fût arrêté par la goutte , ou par quelque autre incommodité ; qu'en ce cas c'est moi qu'il chargerait de conduire cette entreprise ; et afin que je pusse joindre ensemble l'autorité et la dignité convenables à une fonction aussi éminente , sa majesté m'offrit en ce moment, et je puis le dire, me commanda d'accepter le rang de duc et pair, en me disant de lui nommer celle de mes terres à laquelle je souhaiterais attacher ce titre, afin qu'elle en fît aussitôt dresser les patentes par Villeroi.
J'avais déjà refusé cette dignité lorsque le roi m'envoya ambassadeur en Angleterre. Les libéralités de ce maître bienfaisant ayant levé depuis ce temps-là l'obstacle qui m'avait empêché de profiter de sa bonne volonté, et voyant d'ailleurs que ce prince le souhaitait presque autant pour son intérêt que pour mon avantage propre, j'acceptai avec reconnaissance le nouveau bienfait que j'en recevais. Je lui nommai Sully. Les lettres en furent signées le 1 2 février , scellées peu de jours après , et enregistrées le dernier du même mois'. Il n'y
' De Thou, liv. 36, et presque tous les historiens, font mention de la distinction avec laquelle cette dignité fut conférée au marquis de Rosny. Henri IV l'avait déjà fait auparavant conseiller d'honneur au parlement. ,
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/j5o MÉMOIRES DS SULLT.
eut aucun des seigneurs de la cour , ni presque des grands du royaume, qui ne me fît l'honneur de m'accompagner lorsque je me présentai au parlement pour la cérémonie de ma réception. Elle fut encore plus honorée par la présence de tous les princes du sang, excepté M. le comte de Soissons. La grand'chambre , la salle , toutes les galeries et les cours mêmes étaient si pleines, qu'à peine on pouvait s'y retourner. J'amenai au sortir soixante des plus distingués, à l'Arsenal , où les attendait un repas en gras et en maigre, pour lequel je n'avais rien épargné. Une surprise heureuse pour moi fut d'y trouver sa majesté ellemême , qui s'y était rendue pendant la cérémonie sans avoir voulu m'en prévenir. * Monsieur le «r grand-maître , me cria le roi , du plus loin qil'il « me vit arriver , je suis venu au festin sans prier, « serai-je mal diné?Cela pourrait bien être, Sire, « lui répondis-je , car je ne m'attendais pas à tant « d'honneur. Je vous assure que non , reprit ce * prince en interrompant més remercîmens : j'ai « visité vos cuisines, en vous attendant, ou j'ai « vu le plus beau poisson qu'il soit possible de « voir, et force ragoûts à ma mode; et même parce « que vous tardiez trop à mon gré , j'ai mangé de « vos petites huîtres de chasse , tout-à-fait fraîches , « et bu de votre vin d'Arbois, le meilleur que j'aie