LIVRE VINGT-TROISIÈME
« jamais bu. » La gaîté du roi assaisonnant le plaisir de la table , le reste du jour se passa à la satisfaction de tous les convives.'
Le lendemain, dès le matin, sa majesté m'envoya chercher, et elle me demanda en présence de tous les courtisans assemblés si je songeais à faire le mémoire de l'équipage d'artillerie pour attaquer Sedan , dont ,elle m'avait parlé. U était déjà dressé, et' je l'avais mis dans ma poche en sortant de mon cabinet : je le présentai au roi , qui se le fit lire tout haut. La cour fut instruite par cette lecture du nouveau dessein du roi , qui dit ensuite plaisamment que. le duc de Bouillon , quoi-
que naturalisé Allemand, n'aurait peut-être pas oublié comment on parlait en France, et qu'en tout cas on pourrait le lui apprendre en peu -de temps par ce moyen. Sa majesté, attendant que je lui disse mon avis sur cette guerre , je pris la parole et dis que je ne croyais pas le duc de Bouillon assez peu avisé pour ne pas sentir la disproportion des forces^lè sa majesté avec lesbiennes , et pour s'exposer à en faire l'expériénce ; que jë l'avais prévenu dès long- temps que sa place ne valait rien Contre le canon ; et que, la connaissant mieux que personne, si on lui voyait faire quelque semblant de vouloir résister , ce ne serait que dans l'espérance d'employer utilement pendant ce temps -là les ruses de la négociation; que
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j'osais pourtant conseiller à sa majesté , si elle me permettait de me servir de ce terme, de mander une dernière fois au duc de Bouillon que, dans la conjoncture présente, il pouvait encore venir en toute assurance se jeter à ses pieds, sûr que cette soumission, et plus d'exactitude à tenir sa parole lui feraient obtenir son pardon et le même traitement que par le passé ;e mais que, s'il refusait cette dernière grâce, il ne devait plus s'attendre a être reçu à aucune composition'. Je continuai à rendre compte de mes préparatifs au roi ; il approuva l'idée qui m'était venue de ne faire sortir de Paris que le gros de J'artillerie, et de prendre les munitions et faire les autres provisions nécessaires dans les lieux les plus proches de Sedan, pour épargner les frais de transport et de charnage.
Cette affaire n'alla pas à beaucoup près aussi vite que je m'y étais attendu, par toutes les oppositions qui y furent apportées à la cour, où il semblait que le plus petit prôparatif de guerre causât presque la même alarme qu'il aurait pu causer chez l'ennemi. Il n'y était bruit que des difficultés qu'on rencontrerait devant une place dont tout le monde exagérait à Henri la situation et les fortifications, et des inconvéniens dont un siège aussi long qu'on voulait que le fût celui-là serait immanquablement suivi. On aurait dit , à