LIVRE VINGT-TROISIÈME
lui faire de bouche , outre que nous lui avions fait mettre par écrit tout ce que nous avions à lui dire de notre part, afin qu'il n'y eût point lieu à l'oubli et à la surprise. Je le prévenais sur ce qu'il lui paraîtrait peut-être que sa majesté n'entrait pour rien dans tout ce que nous lui proposions , en lui promettant , lui donnant ma parole d'honneur , et me rendant caution , s'il était nécessaire , que le roi ratifierait tout ce qui serait arrêté entre nous ; que je voulais passer pour un lâche, un perfide et un homme sans honneur , si le tout ne s'exécutait de point en point. Je le conjurais encore, en finissant, de ne pas laisser venir les choses à l'extrémité. La date de cette lettre , à laquelle celle de madame d'Orange était entièrement conforme, est du premier mars.
Le duc de Bouillon y répond par une lettre datée du 4 qu'il a reçu la mienne avec celle de la princesse d'Orange, entendu du Maurier, et lu attentivement son mémoire; qu'il se plaint avec raison qu'on veut lui foire acheter les bonnes grâces du roi par des bassesses qui l'en rendraient indigne ; qu'on ne les lui promettait que par un écrit qui ne pourrait être connu que d'un petit nombre de personnes, pendant que toute la France serait témoin de son humiliation et de l'indifférence que sa majesté aurait ensuite pour
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lui ; que ses amis qu'il a consultés, et qui ne sont pas en si petit nombre qu'on voulait le faire croire, ont tous pensé comme lui ; que sa majesté était bien éloignée d'avoir pour lui toutes les distinctions dont on le flattait, elle qui ne le trouvait pas capable d'assez de fidélité pour garder une aussi faible place que Sedan. Il ajoute sur cela , d'un ton plus suffisant i et qui contredit ce qu'il vient de dire , qu'il est bien informé qu'on en impose à sa majesté en lui promettant de la rendre maîtresse de Sedan dans un mois , et sans perte d'un seul homme.- Bouillon s'applaudit sans doute ici de me donner une espèce de démenti en parlant à moi-même. Toute la lettre est dans* ce goût de plaintes sans fondement et de protestations d'innocence aussi vagues. Il se tient sur ses gardes pour ne rien avouer ni rien promettre. Ce qu'il dit de plus relatif à la question, après tout ce vain préambule, c'est que, s'il a pu donner quelque sujet de mécontentement au roi, plutôt que de l'aggraver en le niant, il est disposé à en convenir, et à subir telle réparation de son tort qu'il plaira à sa majesté de lui prescrire, pourvu que le retour de ses bonnes grâces et de sa confiance ne lui coûte pas sa misérable place , qu'il est prêt d'avouer autbentiquement qu'il tient de sa bonté; mais que , si le roi persiste à vpuloir len dé*