LIVRE VraGT-TROISliME
pouiller, il ne lui est pas possible de croire autre chose sinon que ce prince l'aime en paroles et le hait en effet.
Bouillon se sert à peu près des mêmes termes en répondant à la princesse d'Orange, et ce que du Maurier rapporta de bouche n'ayant rien de plus satisfaisant, le roi commença à regarder le duc de Bouillon comme un homme intraitable. Je crus pourtant devoir encore lui faire une réplique. Je lui marquai que sa majesté n'avait pas été contente de la manière dont il avait reça les offres qu'elle lui avait faites par ma bouche; qu'elle avait trouvé ses lettres pleines de soupçons et de termes offehsans pour elle, outre l'affectation à ne rien répondre de précis à ce qu'on
lui proposait; que j'étais véritablement fâché que mes conseils sincères n'eussent fait qu'aigrir son esprit , comme il m'était déjà arrivé lorsque je lui avais écrit sur la détention du maréchal de Biron ; que le temps viendrait, et qu'if n'était peut-être pas éloigné , où il connaîtrait que je lui avais pourtant donné le seul bon conseil à suivre dans la circonstance présente; que je l'avertissais une dernière fois d'y penser, que je l'en priais même, et avec instance , rien ne pouvant me faire plus de plaisir, quoiqu'il crût peut-être tout le con» traire, que de lui voir prendre le bon parti. Pendant toutes ces allées et venues , j'avais
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trouvé le moyen d'avoir un plan de Sedan, que je fis tracer tant en élévation qu'en superficie. Le roi vint voir l'un. et l'autre à l'Arsenal, et amena avec lui le comte de Soissons , le duc d'Épernon , les maréchaux de Brissac, de Fervaques, de Bellegarde et de Roquelaure , don Joan de Médicis , de Vie, Montluet , La Noue , Boèsse , Nérestan , d'Escures , Érard et Châtillon , qui avait tiré le plan , mais auquel j'avais expressément défendu de dire son avis devant tant de témoins. Ce fut un sojet de discourir et de contester sans fin entre toutes ces personnes sur la situation et la force de la place, et sur la manière de l'attaquer. Montluet, La Noue et Érard soutinrent opiniâtrement qu'elle était imprenable autrement que par famine. Je ne répondais presque rien à tout cela , quoique la parole me fût presque toujours adressée, et que le roi me demandât souvent ce que j'avais à dire sur ces effroyables fossés, tous taillés dans le roc; ainsi le soutenait-on.
Toute l'assemblée s'étant séparée sans qu'il fût pris aucune résolution, j'allai le lendemain trouver sa majesté. Après lui avoir dit la raison qui m'avait fait garder le silence, qui était que le secret n'aurait pas été bien gardé parmi tant de gens ramassés, je lui fis remarquer qu'à mon grand plaisir , de tous ces observateurs si attentifs , pas un n'avait fait attention à un seul des défauts de