LIVRE VINGT-TRQISIÈME
la place, qui sont le vallon de la fontaine, celui des Ginmenés, les fossés artificiels faits en. quelques endroits par le moyen des terres rapportées, et les deux abords du dessus et du dessous de la rivière, si spacieux, que je répondis à sa majesté de loger sans beaucoup de danger toutes les troupes dans l'espace de deux cents pas près de la ville, et jusque sous les contrescarpes des fossés artificiels, parce que le tournant des vallons les mettait à couvert des décharges de la mousqueterie , pendant que, du côté de la ville, les assiégés ne pouvaient se montrer, sur leurs parapets, ni presque en aucun autre lieu., qu'ils ne fussent aperçus de dessus les éminences de la campagne , dont tout , le corps de la place est si absolument commandé , qu'on découvre l'intérieur des logemens en face , par-derrière et des deux côtés. Je me rendis encore garant à sa majesté que dans le huitième jour depuis l'établissemennt des batteries, je la mettrais en possession de Sedan.
Le roi me crut cette fois , et dans la joie qu'il en eut, il courut s'en ouvrir à MM: dé Médicis, deJ>a Force, de Vie, de Nérestan etBoësse, dont il 'connaissait la discrétion, et qui fouèrent fort ma retende. Henri ne balança plus après cela , et se disposa à partir au plus tôt à la tète d'un corps de cavalerie , et de quelques compagnies du régiment des gardes, pendant que j'assemblerais le reste des iv. 3o
troupes en corps d'armée, et ferais avancer l'artillerie : en quoi j'eus une singulière attention que les peuples de la campagne et les bourgeois des villes ne reçussent aucune insulte ni aucune incommodité pour le logement de ce grand nombre de gens de guerre.
Le dessein d'attaquer le duc de Bouillon ne pouvait manquer de faire murmurer les protestans : je ne sais même si le duc ne comptait pas sur un soulèvement général en sa faveur : si cela, est , il fut trompé , et j'avoue que j'y contribuai. Je saisis l'occasion d'une lettre que Parabère m'écrivit sur ce sujet, pour donner, dans la réponse que je lui fis , une espèce de manifeste qui pût justifier au corps des réformés la démarche du roi , et montrer que le duc de Bouillon n'allait rien souffrir que par sa faute ; c'est ce qui fit que je composai cette lettre avec beaucoup plus de soin et d'étendue que je n'aurais fait , si je n'y avais envisagé que Parabère seul; je me doutais qu'elle serait rendue publique.
Je commençai par le dénombrement des principaux bienfaits que Bouillon avait reçus de sa majesté : comment il en avait été préféré au prince de Condé même , fait maréchal de France et premier gentilhomme de la chambre; élevé le premier de la religion à tous les honneurs et dignités; gratifié de pensions et d'appointemens beaucoup plus considérables que tous les autres, l'état de • • •