LIVRE VI NGT-TROISI KME
ses gages, pensions, etc., ayant ''monté jusqu'à cent vingt mille livres par an , sans compter que sa majesté l'avait marié comme elle aurait pu faire son fils ou son propre frère; favorisé pour le fait de la succession de Limeuil , et soutenu de toute son autorité après la mort de la duchesse sa femme; je parlais de ce fait en témoin oculaire. J'opposais ensuite à tous^ces bienfaits l'ingratitude dont Bouillon avait payé Henri ; ses manœuvres , ses mutineries au s^ége d'Amiens, sa retraite dans ses maisons lors de l'arrêt du maréchal de Riron , et sa sortie du royaume avec des circonstances qui, seules, auraient suffi pour sa condam* * nation. Je prenais Parabère à témoin que, malgré * tout cela, lui, Constant et moi, nous avions été les instrumens des grâces que sa majesté avait encore voulu lui faire depuis ce temps-là. Je faisais remarquer que Bouillon , s'avoua nt en quelque manière lui-même- criminel de lèse-majesté, par la demande qu'il a faite de lettres patentes d'abolition , lorsque sa majesté témoigne être jsrête à les lui accorder, il élude tout par „un subterfuge qui est une nouvelle injure; c'est que lui , qui est sujet et domestique du roi ; et duquel s,eul il tient sa place, refuse de la tenir sous les mêmes conditions de protection que le feu duc de Bouillon avait acceptées de François II, dont il n'était ni sujet ni domestique. * *.
, Je rapportais "à la suite de tout cela les voies de conciliation que du Maurier lui était allé ouvrir de la part de ses principaux amis , avec pleine assurance que sa majesté voudrait bien s'y prêter, comme de proposer au roi que Sedan fût réputée l'une des places données pour sûreté aux protestans, que le duc la vendit au roi, que, sans- la vendre, La Noue y fut mis gouverneur, Ja souveraineté, et même la propriété, en restant au duc de Bouillon ; mais qu'il n'avait voulu rien entendre, pendant que le roi en faisait beaucoup plus pour lui qu'il nè devait :. qu'ainsi c'était le duc seul . qui, en s'opiniâtrant mal à propos, nous forçait tous à tirer l'épée les uns contre les autres, et réduisait ^église de Sedan à l'extrémité où on allait la voir dans peu de temps; que ce malheur tou- 'dhait^si sensiblement sa majesté , qu'elle était résolue ^qu'elle avait même donné parole aux députés- des églises de ne rien changer ni innover dans Sedan sur la religion, quand même elle l'emporterait de*viye force. Je priais Parabère , en finissant, dç m* rendre une 'justice publique sur la pureté de mes intentions , êt sur te chagrin que je ressentais de voir l'un de mes confrères courir à sa perte avec tant d'aveuglement.
Il parut nécessaire à Henri d'user de la même précaution avec le parti protestant. Bouillon lui avait fait faire par La Noue des protestations qui