‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 215 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME. fâc · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME. fâc

n'étaient nullement recevables. Ise roi les rendit publiques, et il y répondit par un écrit qui fut répandu parmi les amis du duc, au hasard de leur faire croire encore plus fortement, et à eux et à lui, que sa majesté ne cherchait qu'à sortir de cette affaire par la douceur , comme en effet ils publièrent que le roi désespérait plus que jamais du succès de son entreprise : à quoi Bouillon ajoutait, ainsi que le rapportèrent La Viéville, d'Arson et du Maurier, qui furent députés vers lui à différentes fois, que j'engageais ainsi témérairement sa majesté malgr£ elle-même , et que je m'étais un jour vanté à ce prince de prendre Sedan en trois mois, du côté du fer à cheval. Ce dernier fait est vrai, et donna bien à penser à Henri sur la prétendue fidélité de ceux qu'il admettait à ses conseils; car, lorsque je lâchai cette parole,, il n'y avait de présent que don Joan et Érard. Aussi Bouillon me regardait et me traitait-il, en toute occasion , comme le plus mortel de ses ennemi*,* qui changeait tout ce que sa majesté pouvait penser de favorable pour lui. C'était au roi à répondre à ce reproche, et il y répondait en effet comme je pouvais le souhaiter. Et quant à tous ces autres discours encore plus insolens, il se proposa bien de faire dans peu changer de ton au duc de , Bouillon. * Il partit de Fontainebleau sur la fin de mars ,

menant avec lui la reine, qui devait faire une partie de ce trajet 1 , quoique les chemins fussent trèsmauvais, et prenant sa route par Reims, Réthel , Mézières, Doncheri et Mousson. Comme je ne revis sa majessé qu'après l'affaire conclue , j'en prendrai le détail dans les lettres qu'elle m'écrivit, et me fit écrire continuellement par Villeroi et La Varenne.

Bouillon ne quitta que le plus tard qu'il put sa première arrogance. Il dit à du Maurier que, sitôt qu'on aurait commencé à le trompetter, il abattrait les armes de France de dessus sa porte ; c'est qu'en poursuivant Bouillon avec les armes , le roi voulut aussi qu'on commençât à instruire son procès, qu'il me commanda de poursuivre vivement avant de partir pour aller le joindre. Le duc sollicita si bien quatre des canonniers de sa majesté, qu'ils se laissèrent persuader de l'aller trouver, sur des chevaux qu'il leur envoya , à la ■Fère en Tartenois, désobéissance digne de punition dans ces canonniers. Quoique la duchesse de ' Bouillon ne sortît point du tout de Sedan , il usa de tant d'adresse, que ceux que sa majesté chargeait de l'informer de tout ce qui se passait dans

' La reine ne lit ce voyage, selon de Thou, le Mercure fran- * + çaisy et les meilleurs mémoires du temps, qu'a fin de pouvoir obtenir des conditions plus «avantageuses au duc de Bouillon, qui l'avait mise dans son parti. •

Page 1