LIVRE VINGT-TROISIKMK. ^ I
cette ville lui rapportèrent qu'elle setait retirée en Allemagne, pour ne pas se trouver dans une ville assiégée. On l'entendait se vanter qu'en frappant du piod contre terre, il ferait entrer dans Sedan jusqu'à quatre mille hommes , voulant qu'on crût qu'il disposait de dix-sept compagnies de cavalerie et de quelques régimens d'infanterie qui étaient dans le Luxembourg, et qu'il se ferait assister puissamment des Suisses. L'avis le mieux circonstancié qu'on reçut, est, qu'il attendait avant le 20 du mois d'avril, cinq ou six cents soldats qu'il avait fait lever en Gascogne et aux environs de Limeuil , et fait embarquer à Bordeaux. Un neveu de Rignac, et un nommé Prépondié, les avaient levés sous ombre de recrues qu'on faisait pour aller servir en Flandre. Pticharnaut l'avait déjà mandé au roi , lorsque sa majesté était encore à Paris.
On trouvait beaucoup à rabattre sur tout cela, lorsqu'on l'examinait de près. On savait que rien ne remuait en Allemagne pour le duc de Bouillon ; Bongars l'assura au roi. Les archiducs témoignaient plus de peur de notre armement pour euxmêmes que de disposition à se déclarer contre nous. L'Espagne trouvait le sujet trop léger pour rompre la paix avec la France ; c'esf ce qu'on savait de Madrid même. L'Angleterre regardait avec la dernière indifférence le duc de Bouillon. Trois
ou quatre cents aventuriers suisses, voilà tout au plus sur quoi on voyait qu'il pût compter, et il se passa encore à bien moins , pendant que , contre son attente , nos levées dans les cantons se faisaient sans aucune peine. Pour l'électeur Palatin , Montglat ne l'avait point encore vu ; mais il mandait de Strasbourg, qu'il partageait la peur de Bouillon. Le landgrave écrivit lui-même en France pour y notifier ses intentions.
Quant à ce que le duc pouvait par lui-même , on savait qu'il n'y avait pas plus de douze cents hommes de guerre dans Sedan, et l'on fut bientôt plus particulièrement informé qu'il n'y en avait en effet que sept ou huit cents, bourgeois et aventuriers ramassés, dont encore une partie faisait mine de vouloir en sortir avant l'approche de l'armée du roi. Le bruit courut que Bouillon s'était retiré, lui septième, en Allemagne, s'étant fait escorter pendant quelques lieues par sa garnison , et qu'il avait été vu auprès deBascogne par des soldats qui le connaissaient, et auxquels il avait parlé. Quelques particularités rapportées sur les ordres qu'il avait donnés dans Sedan pour le château et pour la ville faisaient même croire qu'il . n'y rentrerait point ; mais cette nouvelle , que le gouverneur cfe Yillefranche était venu exprès apporter au roi à Reims , ne se trouva pas vraie. Le duc de Revers, mieux instruit, manda à sa majesté