‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 217 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

qu'à la vérité le duc de Bouillon était sorti à la tète de trois à quatre cents hommes , mais pour aller au-devant d'un prince allemand , avec lequel il était rentré dans Sedan dès la nuit suivante. Quoique les avis donnés par les différens ageus de sa majesté ne se rapportassent pas en tout , à beaucoup près, on sut de bonne part que Bouillon ne s'était point éloigné de sa ville. Ce comte d'Allemagne qu'on disait qu'il installait dans Sedan pour y soutenir un siège, était le troisième des comtes de Solme. L'aîné était grand -maître de l'électeur Palatin ; nous avons vu le second avec le sieur du Plesson : pour celui-ci, on ne parlait pas avantageusement de ses lumières et de son expérience.

Le roi fut incommodé d'un rhume à Nanteuil , . ce qui ne l'empêcha pas d'aller à la chasse dès qu'il eut commencé à cracher. Il me mandait de cet endroit , le 27 mars, qu'il avait manqué son cerf, mais qu'en récompense il avait pris deux loups la veille; ce qu'il regardait comme un augure favorable. Il trouva à Fresne quatre compagnies du régiment des gardes, déjà recrutées de sept cents hommes , auxquelles il permit d'y demeurer jusqu'au icr avril, pour achever leur recrue. On voyait le cœur de Henri s'épanouir, éi son ancienne ardeur renaître sur son visage en reprenant son premier métier. Il vint dîner à

MÉMOIRES DE SULJ/T.

deux lieues de Fresne, et de là entendre les ténèbres à Reims , où il demeura, pour faire ses pâques , jusqu'au mercredi suivant. Il y fut joint par le duc de Mercœur, et par toute la noblesse du pays; il y vit aussi du Maurier venant de Sedan , qui lui dit de la part du duc de Bouillon qu'il consentait k y recevoir, au nom du roi, un gentilhomme, pourvu que ce fut sans aucune qualité , et que sa garnison y restât commandée par son officier; qu'il était prêt aussi à y recevoir sa majesté avec telle suite qu'elle jugerait à propos , et tous ceux qu'elle voudrait y députer; mais qu'il persiste à 'demeurer le seul maître dans sa place, et qu'il perdra plutôt ses biens, ses enfans et sa vie. A mesure que le danger approchait , le duc rabattait de sa fierté. • Le roi, sans répondre à cette proposition, envoya le duc de Nevers1 à Mousson assembler la cavalerie qui y arrivait , et empêcher l'entrée de ces prétendues troupes du duc de Bouillon dans

Sedan : il n'y était arrivé en tout que trois cents hommes , Suisses et Allemands, et il n'y avait pas d'apparence qu'il vînt d'autres secours à Bouillon , sa majesté étant dès-lors en état de l'empêcher. Elle paraissait avoir une extrême impatience de s'avancer vers cette ville ; mais elle n'avait encore que le régiment de ses gardes. Les recrues des chevau-légers arrivèrent belles et bonnes; le reste

' Charles do GonzagueS de Clèves, duc de Nevers.

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