‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 218 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

des troupes ne devait joindre que le 4 avril. Le roi me fit l'honneur de m'écrire deux fois de Reims , le 24 et le 26 mars, en me pressant de venir l'y trouver avec mon fils. Il faisait état d'en partir le 27 pour Réthel, et d'être le 3o à Mousson , où il avait marqué pour ce jour- là le rendez -vous du régiment des gardes , quoique les pluies eussent rendu les chemins presque impraticables. Sa majesté me mandait encore de lui envoyer des officiers et des chevaux , avec im convoi de pics , pelles , boyaux, et quelques moyennes pièces de canon , pour fortifier son logement» *

Tant dcrpersonnes s'empressaient, malgré tous ces préparatifs , à mettre la chose en négociation , qu'il n'y avait pas un fort grand fond à faire sur toutes ces apparences , et qu'en effet ce dernier parti l'emporta bientôt. Sa majesté fut pourtant fort mal satisfaite des derniers articles que du Maurier rapporta de la part de Bouillon , et que Villeroinous communiqua par son ordre, augardedes-sceaux et à moi. Elle fut encore plus choquée d'un mémoire dans lequel il semblait que le duc voulût traiter avec elle d'égal à égal. D'Arson, qui était allé de lui-même trouver Bouillon , après du Maurier , présenta au roi ce mémoire impertinent. Mais Bouillon, après avoir ainsi satisfait sa vanité , comprit qu'il était temps enfin de changer de langage , et il se radoucit tout d'un

coup. Nétancourt1 vint de sa part prier sa majesté de lui envoyer "Villeroi pour conférer et traiter avec lui. Le roi y consentit, pourvu que Fentrevue se fît à Torcy , sans sortir des limites de France. Par une dernière fougue de cet homme, qui assurément méritait pis que ce qui lui arriva, Aè'rsens, qui était allé le trouver, sous le bon plaisir de Henri , revint dire qu'il désapprouvait Nétancourt, et qu'il se passerait de Villeroi.

Il faut que Henri ait eu quelque puissant motif, que je ne comprends pas, de charger le duc de Bouillon de tout le tort, pour lui députer, comme il ne laissa pas de faire après cela , Villeroi et Dinteville2, avec lesquels il paraît que Bouillon ne montra plus ni mauvaise humeur ni peine à s'accorder. Villeroi m'apprit lui-même ce qui s'était passé dans la conférence, et il y joignit un assez long mémoire à la lettre qu'il m'en écrivit dès le soir même du jour, qui était le 3o mars, lorsqu'il fut de retour à Doncheri. Si j'en crois Villeroi (car on verra dans le moment les raisons que j'ai de me défier de sa sincérité) , il a trouvé Bouillon si ombrageux et si irrésolu , qu'il ne répond

* Jean de Nétancourt, comte de Vaubecourt, conseiller d'état, maréchal de camp, lieutenant-général des ville et évéché de Verdun, gouverneur de Chàlons en Champagne, mort en 1642.

' Joachim de Dinteville, gouverneur de Champagne.

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