LIVRE VINGT-TROISIÈME
de rien qu'après une seconde conférence , et même tant qu'il ne lui aura pas vu , non-seulement conclure et signer , mais encore commencer à effectuer l'accord. Comment Villeroi prétend-il , sans se contredire, accorder avec ces paroles ce qu'il dit immédiatement après , qu'il lui semble que le duc de Bouillon veut se mettre à la raison ? C'est qu'il ne pouvait se dispenser de me prévenir sur une conclusion qu'intérieurement il savait bien plus proche qu'il ne me le disait. Il m'annonce une seconde conférence pour le lendemain; ce qui était cause que sa majesté passerait encore toute cette journée à Doncheri.
Voici une preuve que Villeroi ne me disait pas tout. La Varenne, qui m'écrivait le même jour que lui, me mande que Bouillon s'est présenté à la conférence de l'air d'un homme qui demande quartier ;# et avec raison , dit-il , puisque après avoir fait les plus grands efforts , avoir épuisé son petit domaine, et cueilli de tous côtés, il ne se voyait en tout que quinze cents hommes , jeunes gens qui n'avaient jamais vu le feu, peu de Français et de Lansquenets, vingt -cinq Suisses seulement; tout le reste pitoyable, si l'on en excepte peutêtre encore quelques Flamands de Frankendal et des environs; que, si, dans cette extrémité, la duchesse de Bouillon n'était point sortie de Sedan , il n'y avait pas lieu de douter que son mari n'eut
résolu de consentir à tout ; qu'aussi le traité devait être déjà réputé conclu , et que ce n'était que pour sauver en quelque sorte son honneur de la honte d'une capitulation si subite que le duc avait demandé en grâce le terme du lendemain.
Tout fut consommé en effet dans cette seconde conférence. Villeroi se pressa fort , en apparence, de me l'apprendre, puisqu'il m'écrivit au sortir de là, comme il avait fait la veille; mais il sut bien, d'un autre côté , m'en dérober la connaissance , comme on va le voir bientôt. Il promet dans cette seconde lettre de m'envoyer le traité même , sitôt qu'il aura été mis au net et signé, ce qui devait se faire le lendemain de grand matin. Il m'en spécifie, en attendant, les articles principaux. Ce traité porte pour titre : Articles de la protection de Sedan et de Raucourt; la date en est du 1 avril 1606, et le terme pour quatre ans. Le duc de Bouillon y consent que le roi établisse de son droit un gouverneur dans le château , à la téte d'une compagnie de cinquante hommes, et que les habitans de Sedan prêtent au roi le serment de fidélité ; ce qu'il s'oblige aussi à faire de son côté. Villeroi remplit le reste de sa lettre des louanges que sa majesté a données publiquement, dit-il, à ma vigilance et à mes conseils en cette occasion, ce qui est assez inutile, puisque j'avais agi et parlé sans