LIVRE VIWGT^TRjQISIÀME
fruit : par cette flatterie , Villeroi ne m'éblouit, ni ne me fait prendre le change sur son procédé.
Je ne puis douter que sa majesté ne désirât sincèrement de me donner part à la conclusion de cette affaire, après ses assurances et le soinqu'elle prit de m'écrire, uniquement pour me presser de venir , afin qu'il ne se fît rien sans moi. Je ne décide point par quels motifs Villeroi était si éloigné, k cet égard, de la façon de penser du roi, si c'est parce qu'il appréhenda que je ne lui dérobasse l'honneur d'un traité , ou s'il craignit que Bouillon, obtenant par mon entremise des conditions plus avantageuses , l'amitié ne nous unît contre sa politique, qui était de tenir divisés les plus, qualifiés de la religion. J'avance seulement qu'il hâta d'autant plus l'accord, qu'il vit que sa, majesté m'y conviait plus fortement ; à quoi j'ajoute qu'il se crut permis d'user d'une petite supercherie. Henri lui ayant remis les lettres dont il vient d'être fait mentipn , il en chargea un laquais, auquel il ordonna de prendre tout dou-, cément la route d'Amiens , Sain t-Quèn tin et Reims, en sorte que je ne les reçus qu'après celle que sa majesté m'écrivit huit jours après, et qu'elle envoya un exprès m'^pporter. Ce ne fut pas sans étonnement que je lus dans cette dernière dépêche que ce prince était en peine de moi , et craignait que je» ne fusse malade, puisque, m'ayant
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écrit il y avait huit jours, il n'avait reçu de moi aucune réponse; ce qui était cause que tout s'était conclu sans moi. Par cette même lettre, qui est du samedi premier avril , Henri me mande de ne pas différer davantage à l'aller trouver, que je laisse le plus pesant de mon bagage à Châlons, et que je le rencontrerai le lundi suivant à la Cazine, où il ira voir la reine.
Ayant reçu ces deux lettres le même jour, à Suipe, je vis que je n'avais pas un moment à perdre , si je voulais me trouver au rendez- vous de sa majesté. Je connus, à la manière dont elle me reçut, que, toutes réflexions faites , elle pardonnait assez volontiers la faute que Villeroi avait commise à mon égard K, Ce prince me caressa extraor-
1 De Thou, dans le récit qu'il fait de cette expédition de Sedan, liv. i36 , se montre peu favorable au duc de Sully, et beaucoup au duc de Bouillon. Il fait entendre que Henri IV, s'étant convaincu pendant ce voyage que Sully ne poursuivait en cette occasion le maréchal de Bouillon qu'à raison d'une inimitié personnelle, fut bien aise de profiter de son absence, pour terminer toute cette affaire par un traite, parce qu'au fond ses liaisons avec MM. de Biron et d'Auvergne n'avaient pas été portées jusqu'au crime. Le témoignage iXu.Mercure français, de presque tous les historiens, et de l'auteur apologiste du duc de Bouillon lui-même, qui parle au contraire plus avantageusement sur ce sujet du duc de Sully que du duc de Bouillon, et les autres preuves répandues dans ces mémoires, rendent, à ce qu'il me semble, insoutenable ce que de Thou avance ici, sur l'opinion qu'avait HenrUlV des senti-