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fait mention consistait en quelques articles , dont ; l'acceptation par les catholiques et les protestans m'avait paru capable de réunir les deux religions, ï *ou du moins de les maintenir en paix , en détruisant cet odieux préjugé par lequel l'une traite l'autre d'hérétique et de pernicieuse à l'état, et en est traitée à son tour d'impie et d'idolâtre. Je l'avais composé de l'aveu de sa majesté , et je le lui. avais fait voir plusieurs fois en présence de l'évéque d'Évreux, de Bellièvre, de Villeroi, de Sillery et du P. Cotton.
Si les protestans ne croient pas tout ce que les catholiques croient, du moins ceux-ci ne peuventils nier que nous ne croyons rien qu'ils ne croient comme nous, et que ce que nous croyons renferme ce que la religion chrétienne a d'essentiel ; le décalogue, le symbole des apôtres et l'oraison dominicale étant le grand et général fondement de notre commune croyance. En voilà assez. Pourquoi ne pas abandonner le reste, comme autant de points problématiques, sur lesquels le pour et le contre doivent être permis avec une entière liberté? Nous sommes persuadés qu'il est inutile, et même téméraire, de vouloir sonder les secrets réservés à Dieu seul; ici nous ne les sondons pas seulement; nous nous en rendons les juges, en nous faisant un crime les uns aux autres des différens sentimens et des différentes lumières que nous
avons tous reçus de lui sur des vérités toutes* spéculatives. Laissons-en la connaissance, comme la* dispensation, à lui seul; donnons seulement aux souverains, pour Futilité commune, le pouvoir' de punir ce qui blesse la charité dans la société. 11 n'est point du ressort de la justice humaine de s'ériger en vengeurs de ce qui appartient à la cause de Dieu.
Autre considération. Si, malheureu&ment pour nous, c'est nous qui sommes dans Terreur, les catholiques peuvent-ils s'imaginer que ce soit en nous injuriant et en nous persécutant qu'ils nous amèneront à leur façon de penser? La compassion et la douceur sont les seuls moyens qui servent véritablement la religion , et les seuls qu'elle enseigne; le zèle n'est qu'un entêtement ou un emportement déguisés sous un beau nom. Voilà tout le fond de ce mémoire. Rien n'est si vrai ni si simple ; mais malheureusement les droits que les hommes donnent à la vérité sur eux-mêmes se réduisent à fort peu de chose; et ce qu'ils sont convenus d'appeler raison et religion , à bien l'examiner dans presque tous, n'est rien que leur propre passion.
Si la conciliation des deux religions est comme impossible, à parler moralement, elle ne l'est pas moins, à parler politiquement, puisqu'elle ne peut guère se faire sans que le pape y concoure, et
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ces* à quoi Ton ne doit point s'attendre, puisqu'on ne Ta pas vu arriver sous le pontificat de Clément VIII, pape le plus impartial qu'on ait vu depuis long-temps occuper le siégé de Rome, et le plus attaché à cette douceur et à cette tendre compassion dont l'Évangile fait un précepte à ses disciples.
Ce saint père se trouvait alors si vieux et si infirme, quetpersonne ne doutant que sa fin ne dût être proche, le roi jugea à propos de faire partir pour Rome les cardinaux de Joyeuse et de Sourdis , afin de soutenir les intérêts de la nation dans le prochain conclave. Sa majesté donna au second de ces cardinaux, par le conseil du premier, neuf mille livres pour son équipage et pour les frais de son voyage, avec deux mille quatre cents écus de pension, pendant tout le temps que le besoin de son service le retiendrait à Rome.
Une des dernières actions de Clément VIII, fut une promotion de dix-huit cardinaux d'une seule fois. Ce nombre parut si fort qu'on crut dans le monde que ce pape, se sentant approcher de son terme , voulut donner au cardinal Aldobraiidin , son neveu , une dernière marque de son affection ,
qui devait, suivant toutes les apparences, le porter sur le trône pontifical, parle grand nombre de créatures de sa maison qu'elle introduisait dans le conclave, ou y placer du moins un sujet sous leiv. 4
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quel ce cardinal pût gouverner. De ces dix-huit chapeaux , deux devant être accordés à la France , le choix des deux hommes que sa majesté nommerait à sa sainteté, pour les recevoir, fut le sujet d'une forte brigue à la cour entre l'évêque d'B-, vreux et Séraphin Olivary, d'une part, et MM. de Villars, archevêque de Vienne, et de Marquemont 1 , de l'autre. Ces derniers avaient pour eux Bellièvre, Villeroi, Sillery et tous leufs amis. Je crus devoir me ranger du côté de M. du Perron , qui était mon évêque et mon ami , et pour d'Olivary , qui était connu par une éminente piété. Ces deux-ci furent préférés , malgré tous les mouvemens du parti opposé. Du Perron ne laissa pas d'écrire, par mon conseil, une lettre de remercîment à Villeroi, comme s'il l'eût véritablement servi. Tel est l'usage de la cour.
Les affaires si pressées qui obligèrent sa majesté à quitter le séjour de Chantilly , et dans le commencement d'un beau printemps, étaient l'apurement et la signature des états ordinaires de dépense pour ses bâtimens, sa vénerie, ses menus plaisirs, outre ceux des fortifications, de
1 Séraphin Olivary Cazailla, Italien d'origine, mais né à Lyon , patriarche d'Alexandrie.
Jérôme de Villars.
Denis de Marquemont, archevêque de Lyonj il fut aussi cardinal dans la suite, et ambassadeur de France à Rome.
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raVullerie et de la grande voirie. Lorsque le jour fut pris pour cette opération, afin d éviter la foule des solliciteurs, qui n'attendaient que le moment de nous voir ensemble, sa majesté et moi , elle Envoya le jeune Loménie me dire que je ne vinsse point au Louvre, parce qu'elle se rendrait ellemême le lendemain à l'Arsenal; et elle vint eu effet de si grand matin, qu'elle y prévint une partie des officiers intéressés dans les matières qu'on y allait traiter, et que j'avais tous mandés. Le nombre n'en était pas peu considérable : gouverneurs de places , ingénieurs , intendaus et contrôleurs des bâtimens , tous les différens employés dans l'artillerie, directeurs des ponts et chaussées, et autres.
Henri avait des choses fort importantes à me communiquer en particulier. J'en jugeai par un morne chagrin qu'il ne pouvait si bien cacher dans son cœur , que je ne l'aperçusse sur son visage et dans toutes ses paroles , et plus encore parce qu'il me conduisit dans la grande galerie des armes , l'endroit où il me faisait ordinairement ses grandes confidences. On peut s'attendre ici à un de ces entretiens singuliers, tels qu'on en a déjà lu quelques-uns dans ces mémoires.
Notre conversation ne roula pas tout d'abord sur ce qui causait à ce prince la principale de ses peines. Le cœur enveloppé dans sa propre amer-
tume a besoin , dans ses premiers instans , de s'aider d'autres objets pour en sortir, principalement si ce qui la cause y mêle aussi un peu de confusion. Il ne fut donc question d'abord que des ducs de Bouillon et de La Trimouille, et du reste* de cette cabale à qui sa malice venait de faire imaginer de s'unir d'intérêt avec le prince de Condé, la marquise de Verneuil et les d'Entragues ; ce qu'on avait offert de prouver à sa majesté par leurs propres lettres et par des témoins irréprochables.
Comme je demandai à ce prince qu'il m'accordât un jour entier pour penser au conseil qu'il voulait que je lui donnasse sur cette nouvelle menée, il passa à m' entretenir de son séjour à Chantilly , de sa chasse, ensuite des pertes qu'il avait faites au jeu , de l'argent qu'il avait employé en présens à ses maîtresses , et d'autres dépenses superflues qui devaient avoir leur plac<» dans les états de dépenses de Tannée courante , aussi bien que de celles pour les manufactures et pour d'autres bâtimens qui ne Tétaient pas moins. Tout cela rapproché composait une somme si considérable, que Henri, qui se la reprochait intérieurement, ne trouva point de meilleur expédient pour prévenir la confusion que mes paroles allaient lui donner , que d'ajouter, avant que j'eusse eu le temps de lui répondre, que je pouvais aussi y employer