‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 223 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

chambre du roi , de si grand matin, que Bouillon prit encore ce prince au lit'.

Je visitai la place le lendemain. Trois cents malotrus lansquenets et vingt- cinq suisses furent toutes les troupes étrangères que j'y vis, au lieu de ces secours formidables qui devaient accourir au duc de Bouillon de tous les endroits de la chrétienté. Tout le reste était proportionné; des canons très-mal équipés, avec quatre ou cinq malhabiles canonniers pour les servir; aucun endroit accommodé pour les loger; point de fascines, de gabions, de trépans, de madriers, rien, en un mot , de ce qu'on a coutume de préparer pour soutenir un siège. Je ne pus m'empècher d'en marquer mon étonnement au duc de Bouillon , qui assistait à cette visite, et qui, ne trouvant pas mes remarques ni ma liberté de son goût, se mit à contester beaucoup plus vivement qu'il n'était besoin. Quelque ingénieuse que fût sa vanité , l'inégalité des deux parties se montra si visible , qu'il passa chez nos voisins pour n'avoir prévenu sa ruine totale que par une soumission aveugle. Le cardinal du Perron m'en félicita de Rome, a II faut , « me disait cette éminence , en me citant un an- <r cien , que les guerres soient grosses et courtes ;

1 Henri IV lui répondit obligeamment, que ce n'était pas tant sa place de Sedan qui le tentait que les bons services qu'il attendait de sa personne. Manuscrits, ibiiL

« on abrège par là le temps et les frais : les con- « quêtes qui se font par la crainte des armes vont a bien plus vite et plus loin que celles qui se font « par les armes mêmes. » Le pape parla publiquement de cette expédition avec éloge , et je sais qu'on pensait partout ailleurs à peu près comme à Rome. Cela me consola un peu sur la réputation de nos armes.

Je comptais encore prendre un petit dédommagement de cet armement, en remettant sous l'hommage de sa majesté les places du comté de Saint-Paul. Il faut se rappeler ici ce que j'ai dit sur l'acquisition de ce comté en i6o4* que Guillouaire , étant venu proposer au roi ce marché, de la part du comte de Soissons , sa majesté commit cette affaire , en mon absence , à MM. de Bellièvre, de Villeroi , de Sillery et de Maisses, et que, sur les difficultés que j'y fis envisager à ce prince, on en fit expédier le contrat sous le nom d'une tierce personne, en attendant que le roi pût, en s'emparant de ces places, s'en déclarer le véritable acquéreur.

Lorsque Henri me proposa défaire faire montre aux troupes, et de les licencier : « Gomment! li- « cencier, Sire? lui répondis-je; et que deviendra « votre contrat du comté de Saint-Pai\l? Ne vous « souvient-il plus de la résolution qui fut prise en « le passant? Puisque la dépense en est faite, il ne

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