‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 224 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

« faut que tourner de ce côté-là. » Je fis voir à sa majesté que c'était une affaire de quinze jours seulement , les Espagnols ne s'attendant à rien moins; qu'au reste, ils n'auraient aucun sujet valable de s'en plaindre , parce que le roi ne faisait qu'user du pouvoir que les traités laissaient au comte de Saint-Paul d'opter entre la France et l'Espagne; ce qu'on ferait dénoncer au conseil de Madrid , au même temps qu'on s'avancerait. « Je a vois bien que vous avez raison, me dit Henri, « après m'avoir écouté attentivement; mais il y « faut bien penser auparavant, et j'en veux parler « aux principales personnes qui sont auprès de <c moi , et à ceux de mon conseil ordinaire. » Je ne sais à qui sa majesté en parla, et quel conseil on lui donna, mais, deux jours après, ce prince me tira à quartier , et voulut me persuader qu'il était à propos délaisser pour le présent cette affaire assoupie. J'avoue que je ne pus m'em pécher de dire, en quittant le roi, avec un mouvement d'impatience : « Hé bien, de par Dieu! je vois que nous allons pendre notre épée au croc, ayant une si « belle armée , et la licencier lorsque nous avons « une occasion si favorable de l'employer utile- « ment. » Je ne pus faire changer de résolution au roi. On fit montre deux jours après; chacun se retira, et je ramenai l'artillerie à Paris.

Il prit envie au roi de rentrer dans cette ville au

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bruit de toute son artillerie. La Varenne vint me le dire desa part. « Eh ! monsieur de La Varenne, « m'écriai-je, surpris de la proposition , que pense « faire le roi ? Nous n'avons pas donné un coup « d'épée ni de pique , ni tiré un seul coup de câ- « non et de fusil, et nous voulons faire les victo- « rieux, nous qui sommes les vaincus en deux « manières ! Nous avons acheté avec trop de cré- « dulité ce que le roi ne devait tenir que de son « courage ; ensuite nous avons eu peur de déclarer « ce que nous avons acquis. Je m'étais toujours « bien douté que les choses se passeraient ainsi; a dUes au roi que tout le monde dit cela, efrqu'on « se moquera de nous si Ton fait tirer le canon. » Ma franchise allait peut-être un peu trop loin dans cette occasion ; le chagrin de tout ce que je venais de voir arriver en était la cause. Le roi n'entendit pas ce rapport sans beaucoup d'émotion; il ne le cacha à personne qu'à moi. Praslin, et ensuite Béthune , revinrent aussitôt après me faire entendre de sa part, avec douceur, qu'il n'y avait rien de déraisonnable daus ce qu'il exigeait de moi; je crus, a mon tour, pouvoir les convaincre du contraire. Henri entra cette fois dans un violent courroux , qualifia très-durement ma résistance à sa volonté , et renvoya me commander d'un ton absolu de lui obéir; ce que je fis si promptement , et avec un tel vacarme de toute

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