LIVRE VINGT-TROISIÈME
l'artillerie, que cela l'apaisa tout d'un coup, et qu'il m'envoya chercher pour m'embrasser \ Bouillon était à la suite du roi dans cette entrée. Il avait assurément grand tort de craindre de sa part aucune affectation de mépris ; car dès ce moment sa majesté reprit avec lui son ancienne familiarité, et ne changea en rien que pour le mieux traiter encore.
C'est dans ce temps-là qu'éclata le fameux différend de Paul V avec les Vénitiens. Il prenait son origine de plus vieux temps, à l'occasion de droits prétendus ecclésiastiques que le saint-père avait voulu, assez à contre-temps, faire valoir contre cette république, qui s'y était opposée par des
1 Le journal de Henri IV ne parle point de cette contestation, et dit, au contraire que ftosny était à côté du roi, l'entretenant et lui montrant les belles dames; que le; maréchal de Bouillon était vêtu et monté très- simplement, et qu'il avait l'air fort triste. Il rapporte une lettre que le roi écrivit à la princesse d'Orange sur la reddition de Sedan , en ces termes : « Ma cousine, je dirai comme. fit César, Vehi, vidi, viei, ou « comme la chanson, trois jours durèrent mes amours, ét se « finirent en trois jours, tant j'étais amoureux de Sedan. Vous « pouvez maintenant dire si je suis véridique, ou non, et si je « savais mieux l'état de cette place que ceux qui voulaient « me faire croire que je ne la prendrais de trois ans, etc. » De Thou se trompe encore lorsqu'il dit , ibid., que le duc de Bouillon n'arriva que quelques jours après. Voyez le Mercure français, où Ton trouve la description de l'entrée de sa majesté dans Paris.
décrets tout-à- fait fermes1. Fresne-Canaye , notre ambassadeur à Venise, m'en avait donné avis dès le mois d'octobre précédent. Ces décrets , joints à l'emprisonnement de deux ecclésiastiques par arrêt du sénat, l'interdit lancé par le pape, sur le refus de révoquer les décrets et de lui faire justice sur cette détention; enfin, la protestation que la république venait tout fraîchement de faire contre cette excommunication , avaient mis de part et d'autre la chose à son comble.
• Par l'un des décrets du 10 janvier i6o3 , il est défendu de bâtir aucune église sans la permission de la seigneurie; et par un second du 26 mars i6o5, les ecclésiastiques et gens de main-morte ne peuvent faire aucun acquêt sans y être spécialement autorisés. Je n'entrerai point dans la discussion de ces points de droit , pour et contre lesquels il y eut une infinité d'écrits en ce temps-là. Les principaux sont ceux qui sortirent de la plume du cardinal Baronius , pour le pape, et de frère Paul Sarpi, religieux servite, pour les Vénitiens. On peut voir toutes ces pièces dans deThou, le Mercure français, Matthieu, sous l'année 1606, et autres historiens,. et en particulier, dans les écrits composés sur ce fameux différend. Les jésuites , les capucins, et quelques autres religieux, en petit nombre, furent les seuls qui obéirent à l'interdit, et se, tirent chasser des terres de la seigneurie. L'excommunication fut méprisée de tons les autres ordres de la république, et le service divin continua à y être célébré comme auparavant. On rapporte que le grand-vicaire de Pévêquc de Padoue ayant dit au podestat, qu'il ferait là-dessus ce que le Saint-Esprit lui inspirerait, le podestat lui répondit que Je Saiut- Esprit avait déjà inspiré au conseil des dix de faire pendre tous ceux qui refuseraient d'obéir à la volonté du sénat.