LIVRE VINGT-TROISIEME
année par des écrits où le déchaînement fat porté à l'excès. Heureusement les parties contestantes sont les deux puissances de l'Europe qui s'avisent le plus tard de la guerre; c'est sur quoi on se reposa toujours. Nous verrons l'année suivante quelle fut la fin de cette querelle.
Elle ne fut pas inutile au nonce Barberin pour lui faire obtenir le chapeau du cardinal , que. le pape lui envoya après une promotion de cardinaux, qui fat faite hors temps. Il en reçut un compliment de sa majesté, à laquelle il en avait la principale obligation. Il disait aussi souvent , en parlant de moi , qu'il avait , sans le nommer , un bon ami auprès du roi. Le cardinal du Perron crut de même que je ne lui avais pas été inutile pour l'archevêché de Sens et la grande-aumônerie dont sa majesté le gratifia. Il m'en fit son remercîment , en me priant de le faire jouir pendant son absence des droits de grand-aumônier. L abbaye de Coulon me fut conservée dans cet arrangement.
Je rendis un service plus essentiel aux bourgeois de Metz dans le démêlé qu'ils eurent en ce tempslà avec les jésuites. Ceux-ci avaient tenté, deux ans auparavant , de se faire recevoir dans cette ville , qui détourna le coup par des représentations que j'appuyai auprès de sa majesté. Ils revinrent plus d'une fois ~à la charge, et je rassurai encore les Messins, en les instruisant par Saint-Germain et
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des Bordes, et ensuite par La Noue, de la manière dont le roi pensait sur leur compte , ce qui n'empêcha pas que toutes leurs craintes ne se réveillassent au commencement de cette année , parce que les jésuites dressèrent de nouvelles batteries, bien plus fortes qu'auparavant, en obligeant le clergé et tout ce qu'il y avait de bourgeois catholiques dans la ville à s'unir à eux. Ils s'assurèrent du suffrage du duc d'Épernon , leur gouverneur qui arriva à Metz le i5 avril, pour mettre la dernière main à cette entreprise , du moins la ville était dans cette opinion, et que le gouverneur ne faisait rien en cela que par ordre et sous, le bon plaisir du rpi. Les Messins, alarmés, me renvoyèrent: dès le lendemain une lettre, qu'ils firent suivre d'une seconde le *5 avril , dont ils chargèrent le sieur Braconier, en lui enjoignant de me rappeler fortement les raisons qui m'avaient déjà faijt prendre leur défense, et qu'ils craignaient que je n'eusse oubliées. Ils députèrent aussi coup sûr coup deux des Içurs à la cour , pour y veiller à cette affaire : ce n'est p^s , disaient ces bons protestans, qu'ils craignissent que les jésuites les détournassent dé leur croyance ; mais parce qu'ils étaient persuadés que la société pourrait, «par ses brigues, causer à Metz une révolution dont les mutes seraient fâcheuses dans une ville fraîchement réunie à la couronne.