‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 228 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIEME. 4o · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIEME. 4o

Je m'étais servi de ce motif auprès de sa majesté, qui comprenait d'ailleurs de quelle importance allait lui être cette ville pour ses grands desseins. Je comblai de joie ses habitans , en leur mandant , par le dernier de leurs députés , que le roi avait eu égard à leurs prières, et qu'il ne ferait chez eux aucune innovation, ce dont je leur donnais ma parole au nom de ce prince; Ils m'en firent de grand* remercîmens par une troisième lettre du 10 juillet, où jé vis qu'ils «'étaient pas parfaitement guéris dè leur frayeur, leurs adversaires s'étant encore vantés, disaient-ils, qu'ils avaient des moyens pour faire changer de sentiment à sà majesté. â

Les jésuites recevaient effectivement tous les jours de Henri de si fortes marques de protection, qu'elles étaient ftien capables d'autoriser cette crainte. Ce prince leur fit présent cette année de cent mille écus pour leur Seule maison dè la Flèchent il prit la peine <Ten foire lui-même la distribution de la manière suivante : cent soixante mille livres pour la construction du collège, vingt et un mille pour en payer l'emplacement, soixante-quinze mille en récompense de bénéfices pris pour faire une fondation perpétuelle à c£tte maison, parce que , ces bénéfices étant possédés par des personnes qui n'étaient point ecclésiastiques, on pouvait les forcer , et qu'on les força effectivement à léi

rendre moyennant un dédommagement; douze mille pour la maison servant à loger les pères , trois mille pour leur acheter des livres, autant pour les ornemens de leur église , six mille pour leur nourriture pendant la présente année, car Henri n'y avait rien oublié, et quinze mille livres que La Varenne leur avait prêtées depuis qu'ils étaient à la Flèche, dont ce prince avait bien voulu leur tenir compte, etc. Cette pièce est datée du 16 octobre, et est signée du roi.

En voici une autre bien plus singulière. Un conseiller au parlement, nommé Gillot \ avait prêté, en r6o3, un livre au P. Cotton. Voyant qu'il ne pouvait le ravoir, quoiqu'il l'eût fait demander plusieurs fois au père, il lui envoya un domestique, avec ordre de ne point quitter le père qu'il ne le lui eût rendu. L'ayant eu par ce moyen, le conseiller, en l'ouvrant, tomba sur une feuille de papier manuscrite , qui apparemment y avait été oubliée par le jésuite , et qu'il jugea écrite de sa main. C'était un mémoire qui lui parut mériter qu'il m'en fît part. Il me l'apporta, et m'ayant fait promettre que je ne le nommerais en rien dans ' cette affaire, il me le remit pour en faire tel usage que je jugerais à propos. Après avoir vérifié s'il était véritablement de la main du P. Cotton , ce

1 Jacques Gillot , conseiller-clerc en la grand'chambre du parlement de Paris.

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