‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 235 sur 245 · LIVRE VINGT-TROISIEME. 5 I I · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIEME. 5 I I

dait à la fin de septembre que , de six personnes qui y avaient été les dernières prises du mal, il n'en» était réchappé qu'une seule , mais qu'il ne retombait plus personne. Il retira le régiment de ses gardes de Melun , où on lui dit que quelques maisons avaient été attaquées de la maladie. C'est dans ce temps-là que leurs majestés , en passant le bac de Neuilly, faillirent à se noyerT ; ce qui fut cause qu'on y fit un pont.

' « Le vendredi 9 juin (c'est ce qu'on lit dans le même journal) « le roi et la reine, passant au bac de Neuilly, revenant deSaint- < Germa in-en-Laye, et ayant avec eux le duc de Vendôme, « faillirent à être noyés tous trois, principalement la reine, qui « but plus qu'elle ne voulait, et sans un sien valet de pied et un « gentilhomme, nommé La Châtaigneraie, qui la prit par les « cheveux, s'étant jeté à corps perdu dans l'eau pour l'en re- « tirer, courait fortune inévitable de sa vie. Cet accident guérit « le roi d'un grand mal de dents qu'il avait, dont le danger « étant passé, il s'en gaussa, disant que jamais il n'y avait '« trouvé meilleure recette : au reste, qu'ils avaient mangé trop « de salé à dîner, et qu'on les avait voulu faire boire après. »

Cet accident arriva, selon le Mercure français , parce qu'en entrant dans ce bac, lequel apparemment n'avait point de parapet, les deux chevaux de volée, tirant trop à côté, tombèrent dans l'eau, et par leur poids y entraînèrent le carrose où était le roi avec la reine, le. duc de Vendôme, la princesse de Conti et le duc de Montpensier, que la pluie avait empêchés de mettre pied à terre. « Les seigneurs qui étaient à cheval , dit cet his- « torien, se jetèrent dans l'eau, sans avoir loisir d'ôter ni leurs « manteaux, ni leurs épées, et accoururent vers l'endroit où « ils avaient vu le roi , lequel étant retiré de son danger, quel- « que prière qu'ils fissent à sa majesté , il se remit dans l'eau

5l* MÉMOIRES DE SULLY.

Je fis un séjour un peu plus long que de coutume à Sully. Le roi , qui sut que j'étais demeuré indisposé à Brie -Comte- Robert , m'écrivit le 29 août , et envoya savoir l'état de ma santé , bonté dont je le remerciai en lui offrant ma vie. Ce prince me fit capitaine-lieutenant de la compagnie des gendarmes , qui fut formée sous le nom de la reine, et accorda à ma prière abolition à La Saminière. Ces grâces toutes seules auraient donné droit à ce prince de tout exiger et de tout attendre de moi. Il lui fâchait fort de voir que le mariage du fils de Noailles 1 avec la fille de Roquelaure, au lieu d'unir ces deux maisons , n'avait fait qu'y apporter la discorde. J'employai toutes sortes de moyens pour y rétablir la paix, voyant combien souvent et fortement ce prince m'en pressait. Il est d'un bon prince de tenir unis ceux qui approchent de sa personne, et il est de sa politique de travailler à cette union plutôt par d'autres que par lui-même.

Je fus aussi bien payé de mes soins pour les

« pour aider à retirer la reine et le duc de Vendôme. La reine « n'eût pas sitôt pris l'air pour respirer, que, jetant un sou- « pir, elle demanda où était le roi... La Châtaigneraie, qu'elle « remarqua surtout l'avoir beaucoup aidée, en fut reconnu « d'un présent de pierreries, et d'une pension annuelle. » Année 1606; de Thou, i36.

1 François de Noailles, comte d'Ayen. Rose de Roquelaure.

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