‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 26 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. DO · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. DO

elle , étaaent ce qui avait porté dans son cœur une atteinte si profonde.

La marquise de Verneuil entra dans un emportement furieux lorsqu'elle entendit parler de rendre la promesse en question; et, sans ménager

if ses termes, elle dit à Henri qu'il pouvait la chercher ailleurs. Ce prince, pour n'en pas faire à

V deux fois de ce qu'il avait de désobligeant à lui dire, se mit à lui reprocher ses liaisons avec le comte d'Auvergne son frère, et avec les séditieux du royaume. Elle ne daigna pas répondre à cette accusation , et prenant à son tour le ton de reproche, elle lui dit qu'il lui était impossible de vivre davantage avec lui; qu'en devenant vieux il devenait défiant et soupçonneux; qu'elle allait rompre avec plaisir un commerce qui, n'étant pas assez bien récompensé pour lui être agréable , « ne « lui produisait pour tout, disait-elle, que la ja- « lousie et l'indignation publiques. » Elle s'émancipa à parler contre la reine en des termes si méprisans , que , s'il en faut croire Henri , il fut sur le point de la souffleter. Il la quitta brusquement pour n'en pas venir jusque là, mais plein d'un dépit qu'il ne s'embarrassa pas de lui cacher , et en jurant qu'il lui ferait bien rendre la promesse qui avait excité cet orage.

Après tout ce détail , qui rallumait encore le courroux de Henri, en me le faisant, il fut forcé

de convenir, et je m'en serais bien douté sans cela , qu'il se résoudrait bien difficilement à tenir tout ce qu'il avait promis dans sa colère, et, suivant la pente des amans, qui n'ont jamais tant d'envie de louer ce qu'ils aiment qu'après qu'ils en ont dit tout le mal possible, il retomba sur les bonnes qualités de sa maîtresse, lorsqu'elle était une fois sortie de ces accès de fougue et de caprices. Il loua avec transport les charmes de son commerce, l'enjouement de son esprit, ses reparties pleines de vivacité et de sel. Ce que disait ce prince n'était pas sans fondement ; et l'opposition qu'il y joignait de l'humeur de la reine le lui rendait encore plus sensible. « Je ne trouve « point tout cela chez moi, me disait-il, je ne « reçois de ma femme ni société , ni amusement , « ni contentement; elle n'a di complaisance dans « l'esprit, ni douceur dans la conversation, elle « ne s'accommode en aucune manière , ni à mon « humeur, ni à mon tempérament. Lorsqu'en <c rentrant chez moi , je veux commencer à lui , « parler familièrement , et que je m'approche pour « l'embrasser ou la caresser, elle me fait une mine « si froide, que je suis obligé de la quitter là de « dépit , et de m'en aller chercher quelque conso- « lation ailleurs. Ma pauvre cousine de Guise est « tout mon refuge, lorsqu'elle est au Louvre, « quoiqu'elle me dise bien mes vérités quelque-

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