LIVRE DIX-SEPTIÈME. 6l
Wois, mais c'est de si bonne grâce, que je ne « m'en offense nullement, et que je ne laisse pas de * « rire avec elle. » Telle était en effet l'humeur de ce prince ; et peut-être que la reine n'a dû s'en prendre qu'à elle-même de ne l'avoir pas tiré des filets de sa rivale, et dépris de tout autre commerce de galanterie; du moins il me pàraît que c'est avec toute la sincérité et la bonne intention possibles, qu'il me pressa, en achevant ce discours, d'engager la reine son épouse à s'accommoder à ses manières et au caractère de son esprit.
Je prenais la parole pour répondre, et il y avait en effet bien des choses à dire sur tout cela, lorsque nous fûmes interrompus par MM. de Vie, de Trigny, de Pilles, de Fortia et autres, qui entrèrent en ce moment, et dirent qu'il y avait plus d'une heure que tout le monde attendait, et qu'il était si tard , qu'on ne pourrait pas tout finir dans la matinée. Le roi les suivit après m'avoir recommandé le silence, et il entra dans la salle, où le reste du jour et les deux suivans furent donnés tout entiers aux affaires qui l'avaient amené. La lieutenance de la grande voirie en Guienne fut accordée, à ma sollicitation, à Bisçose 1 , qui était à son service. On nomma un commissaire pour aller démolir le fort de Craon. Je laisse le détail des autres petites dispositions semblables.
' De Bisçose ou Vissouse était secrétaire des finances.
Au premier moment de loisir, le roi ne manqua pas de renouer avec moi la conversation interrompue. Ce qui en était l'objet tenait si fort au ' cœur de sa majesté, qu'elle m'avait écrit billets sur billets, pour m'enjoindre d'entreprendre ce rapprochement de lui et de la reine, qu'il m'avait proposé. Je voyais bien qu'il y avait des risques à lui obéir. Un zèle trop ardent et trop franc auprès de deux personnes de ce rang expose souvent au ressentiment de Tune des parties, et quelquefois de toutes les deux ; d'ailleurs , je me rendais justice, cet emploi me convenait moins qu'à personne, parce que toutes ces petites tracasseries ne sont point dans mon humeur.
Je résolus donc de ne rien oublier de ce que je crus capable de porter Henri à prendre de luimême le seul parti raisonnable ; raisons, exhortations, exemples, tout fut employé de ma part , pour lui prouver qu'il ne tenait qu'à lui de se mettre une bonne fois, et pour toujours, l'esprit en repos; qu'il ne s'agissait que de prendre le ton de maître avec tout le monde, d'obliger la reine à renfermer en elle-même sa mauvaise humeur , . ses reproches, et surtout ses plaintes en public , qui aboutissaient toujours à des éclats scandaleux, et à l'égard de ceux qui empoisonnaient l'esprit de cette princesse, de punir sévèrement la plus petite parole qu'ils oseraient lui rapporter ,