‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 4 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. II · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. II

Sa majesté avait bien pensé à moi pour cette délibération ; et si elle ne m'avait point nommé à M. le connétable, avec ces autres messieurs, c'est qu'elle jugea, comme elle le dit à L'Oserai, son

cette nomination ne me ferait pas plaisir; mais Sillery me servit ici un plat de sa façon. Il affecta, \ en parlant au roi, une surprise si naturelle de ce que ce conseil dût se passer sans moi, et il l'assaisonna si bien de toutes les perfides louanges dont se servent l'envie et la malignité, qu'il mit ce prince dans la nécessité de dire que j'en serais aussi. Le but de ce rusé courtisan était de faire retomber sur moi seul toutes les suites fâcheuses qu'on prévoyait également, et du refus, et de l'acceptation de la demande des jésuites, car tout le monde sentait bien que le pas était glissant. Je devinai le motif de ce procédé de Sillery , et je ne fus pas long-temps sans l'apercevoir bien plus clairement.

Ces messieurs étant assemblés, et moi avec eux, lorsqu'il fut question d'opiner, Bellièvre, Villeroi et Sillery jetèrent les yeux sur moi ; et Sillery, prenant la parole, dit que ces messieurs me remettaient l'honneur de la délibération , comme à celui de la compagnie qui était le plus intelligent dans les affaires , et le mieux informé des volontés du roi. Ce dernier trait de Sillery , envers lequel je

n'étais pas déjà trop bien disposé , acheva de me mettre de mauvaise humeur. Au lieu du compliment dont un courtisan aurait payé sa flatterie, je répondis sans déguisement à sa pensée. Je dis que je ne voyais pas de raison à changer l'usage reçu, d'opiner selon le rang, et encore moins dans un sujet où ma religion devait rendre mon sentiment suspect de partialité, à moins que ce ne fut à dessein de donner dans le public une interprétation peu avantageuse de mes paroles, comme je savais que plusieurs des assistans s'attendaient à le faire, et même l'avaient déjà fait d'avance, par des imputations bien gratuites sur un sujet dont on ne m'avait pas même entendu parler. J'ajoutai encore plus clairement que , quand j'opinerais le premier, je ne donnerais pas autant de prise à celui qui me parlait qu'il l'avait espéré; mais qu'enfin je ne le ferais point que je n'eusse auparavant consulté mon oracle ; c'est que je voulais effectivement avoir un entretien avec sa majesté avant que de rien statuer sur la matière proposée. « A ce que je vois » , reprit Sillery , en souriant malicieusement, et feignant d'ignorer le sens de mes dernières paroles, « il faudra que nous « attendions pour savoir votre avis que vous ayez « fait un voyage sur le rivage delà Seine, à quatre « lieues d'ici. » 11 désignait Ablou, où se faisaient las assemblées des protestans. « Monsieur, lui ré-

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