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aperçut, en ce qu'elle chicana sur les termes * et lui témoigna n'en être pas satisfaite, quoiqu'elle ne parlât point de supprimer la lettre. Mon commissionnaire, qui vit qu'elle le renvoyait, après' toute cette vague déclamation, sans rien de positif, et qui se souvenait de mes ordres, lui dit qu'il avait la mémoire mauvaise, et la pria de mettre par écrit de qu'elle venait de lui dire , afin de ne pas l'exposer à être grondé pour avoir oublié ou mal rapporté ses paroles. Elle comprit bien tout ce (Ju'on ne voulait pas lui dire, mais elle était Engagée trop avant pour reculer. Elle prit la plume, et m'écrivit qu'elle approuvait la lettre, à un mot près, qui était capable, disait-elle* dd faire monter le roi aux nues. Je mandais au roi qu'elle le suppliait de lui accorder encore Thon* neur de le voir quelquefois, mais de n'avoir au* cune privauté avec elle; c'est ce mot qu'elle adoucissait en ajoutant, aucune privauté qui put lui nuire; ce qui n'était pas bien différent.
Je serrai soigneusement la lettre de la marquise, et j'envoyai la mienne au roi , avec quelque espérance que, par fierté, si ce n'est par raison, il donnerait les mains au parti que prenait sa maîtresse; et qu'il se lasserait enfin de recevoir la loi d'une femme. En effet, il lut deux fois ma lettre avec toute l'indignation et le dépit qu'elle devait lui donner, a Hé bien ! elle le veut, disait-il, je le sou-
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« haite encore davantage : elle sera prise dans ses « propres filets. » Le roi parlait ainsi seul entre ses dents, et à demi-bas; mais mon courrier ne laissa pas de l'entendre. Il demanda du papier et nne écritoire, et il m'écrivit par le même homme, un billet par lequel il me promettait que, le lundi suivant, la marquise de Verneuil recevrait une lettre de sa main, qui ferait foi qu'il savait encore commander à ses passions.
Cette lettre est du 16 avril ; mais celle du lundi
ne vint point; bien plus, ce prince étant lui-même venu à Paris, il courut aussitôt chez sa maîtresse1^ se flattant du moins qu'il allait la couvrir de confusion, et lui arracher mille repentirs; point du tout, c'est lui-même qui joua ce personnage. Il désavoua tous ses agens, il se condamna lui-même; en un mot, il se mit à la merci de celle qu'il venait de traiter avec le dernier mépris. Ce fut alors que je me trouvai fort heuréux d'être saisi d'une lettre de la marquise de Verneuil , qui mît un frein à son* ressentiment contre moi. Elle crut pourtant que cette lettre ne l'empêchait pas de chercher à me faire passer pour un fourbe et un calomniateur. Je ne garantis pas que Henri n'en crut lien en ce moment. La lettre que je lui montrai à l'Arsenal le désabusa; mais elle ne. lui ouvrit point les yeux sur sa perfide maîtresse. Il me . dit , en me quittant , qu'il allait bien lui laver la
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coiffe; je ne le crus point; et le devais-je après ce qui venait de se passer ?
* Après la réconciliation avec le roi et la reine,
qui se fit , comme on l'a vu il n'y a qu'un moment, aux dépens de la marquise de Verneuil, cette femme, qui, pour cette fois, se crut abandonnée, entreprit de troubler la paix ^ et elle n'en vint que trop bien à bout. Il est étonnant combien de ressorts elle fit jouer pour réveiller l'amour du roi , pour exciter sa jalousie, pour s'en faire rechercher, et même pour s'en faire craindre. Elle em- ^ ploya le sacré et le profane. Elle se jeta dans la dévotion. Elle se mêla dans le parti des factieux la tête levée. Elle chercha toutes les filles auxquelles Henri avait rendu quelques assiduités, et elle leur fit supposer des promesses de mariage pareilles à celle qu'elle avait elle-même. Elle abusa de la sienne au point de prétendre en tirer un droit chimérique, de faire casser le mariage de la reine; et, ce qu'on ne croirait jamais, elle trouva des ecclésiastiques qui la soutinrent dans ces extravagances, et qui osèrent faire publiquement les bans du mariage qu'elle se vantait d'obliger le roi à contracter avec elle. En même temps on répandait dans le public une infinité de lettres et de mémoires dans lesquels on prêtait des raisons aux ridicules prétentions de cette femme Henri
* Voyez les plaintes que fait à cette occasion le cardinal JV. 6
St. mémoires de sully. •
aurait donné beaucoup pour pouvoir découvrir quels en étaient les auteurs. Il employa à cette recherche presque toute sa cour; et j'y fus employé comme les autres.
Je ne finirais point, si je voulais épuiser tous les incidens liés à cette affaire, et qui, 1 ou t frivoles qu'ils sont pour la, plus grande partie, ne laissèrent pas d'attirer des affaires bien sérieuses à quelques-uns de ceux qui y eurent part; mais je me lasse moi-même de traiter un pareil sujet, et de parler au désavantage d'un prince qui m'a donné ailleurs tant d'occasions de louer la fermeté he» * roïque de son cœur. Tout ce vacarme , qui n'avait d'autre cause qu'un simple dépit amoureux, se termina à l'ordinaire par un redoublement de passion de Henri pour son indigne maîtresse, qui porta au plus haut point la mésintelligence entre lui et la reine \ Il était décidé que, par une con-
d'Ossat contre l'Espagne, la Savoie, et surtout contre un capucin, nommé le père Hilaire, de Grenoble, qui cabalait à Rome, en faveur des partisans de la marquise de Verneuil. (Lettres des 11 février et i5 octobre 1601, et du premier avril 1602.) La licence des libelles satiriques n'a jamais été portée plus loin qu'elle l'était dans ce temps-là.
' « Le duc de Sully m'a dit plusieurs fois (c'est l'auteur de « l'histoire de la mère et du fils qui parle ainsi) qu'il ne les « avait jamais vus huit jours sans querelle. Il m'a dit aussi « qu'une fois, entre autres, la colère de la reine la transporta «jusqu'à tel point, étant proche du roi, que, levant le bras, il