LIVRE DIX-HUITIÈME
tradiction bien bizarre, ce prince chercherait toute sa vie ses plaisirs et sa satisfaction aux dépens de son repos et de sa santé. Je ne m'y intéressai plus que par ces deux motifs. Pouvais-je voir sans la plus vive sensibilité dépérir à vue d'œii la santé d'un prince dont la personne m'était précieuse ? Il n'eut point de maladie mortelle pendant le cours de cette année ; mais il ne donna jamais tant d'occupation à La Rivière et à du Laurent Il fut obligé d'user souvent de saignées , de o^ète, de bouillons rafraîchissans, pour prévenir les mauvais effets d'un sang noir et brûlé qu'on lui tirait dans les fréquentes indispositions qu'il eut. La colère, le chagrin, l'impatience, le mettaient dans une telle agitation, qu'un jour qu'il avait un violent dépit de quelque procédé de la marquise de Verneuil, le bras dont il avait été saigné la veille se rouvrit , comme il se mettait à table pour dîner. Il fit le voyage de Monceaux avec la reine pour prendre commodément les eaux de Pougues et de Spa.
Il n'aurait plus rien manqué à ces brouilleries domestiques pour y mettre le comble, si la reine Marguerite y était entrée de son côté. C'est le seul malheur qui n'arriva point à Henri. On ne sau-
« eut si grand'peur qu'elle passât outre, qu'il le rabattit avec « moins de respect qu'il n'eût désiré, et si rudement, qu'elle « disait par après qu'il l'avait frappée, etc. » Tome i, p. 8.
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rait au contraire donner trop de louanges à la douceur de cette princesse , à sa soumission , et surtout à son désintéressement , dans une situation où elle n'aurait pas manqué de motifs de se faire accorder tout ce qu'elle aurait désiré. Elle demandait rarement, et ne demandait que des choses peu considérables et justes; l'accomplissement des engagemens qu'on avait pris avec elle , et quelques exemptions pour son bourg d'Usson. Sa principale sollicitation fut au sujet de la succession delà reine Catherine, sa mère. Cette princesse, par son contrat de mariage avec Henri II , donnait ce qu'elle avait d'effets en propre, après ses mâles , à ses filles, par préférence aux enfans naturels de son mari. Il n'y avait rien dans cette disposition que de juste. Cependant Charles de Valois, comte d'Auvergne1, prétendait en dé-
1 En vertu d'une donation, que Henri III lui avait faite de ces biens. Le parlement confirma, en 1606, le testament de Catherine de Médicis, et les adjugea à Marguerite de Valois. Brantôme, dans le second tome de ses mémoires, p. 45i, fait rénumération de ces biens, consistant dans les comtés d'Auvergne, Lauraguais, Leverous, Douzenac, Choussac, Gorrèges, Hondocourt, etc., qu'il fait monter à cent vingt mille livres de revenu , sans compter la dot de cette princesse , de plus de deux cent mille écus ou ducats , « qui en vaudraient « aujourd'hui, dit-il, plus de quatre cent mille, avec grande « quantité de meubles, richesses, et précieuses pierreries et « joyaux, etc. »