‹ Mémoires du duc de Sully (volume 2)Chapitre 5 sur 245 · LIVRE DIX-SEPTIEME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-SEPTIEME. l

« pliquai-je, votre énigme n'est guère bien en- « veloppée; et pour vous satisfaire, je vous dirai « que, comme , en matière de religion , les hommes « ne sont point mes oracles, mais la seule parole «r de Dieu, en fait d'affaires d'état, je n'en ai point « d'autre que la voix et la volonté du roi, dont « je veux être particulièrement informé avant que « de rien conclure sur un sujet de cette impor- « tance. » Je pris ensuite un ton moins élevé , et en m'adressant à toute la compagnie, j'ajoutai qu'en effet la précipitation ne pouvait causer ici que de grands inconvéniens.

Après ce discours, qui pouvait bien passer pour cet acte de délibération que je n'avais pas voulu faire, le connétable parla, profitant de l'ouverture que je venais de lui fournir, n'étant pas fâché d'ailleurs de me rendre service : car, depuis celui que je lui avais rendu dans l'affaire du maréchal de Biron, il avait changé sa prévention contre moi en une affection sincère ; il dit qu'il était de mon sentiment sur l'obligation de savoir, avant que de rien statuer, la disposition particulière de sa majesté ; à quoi il ajouta qu'il ne serait pas même hors de saison de la prier d'assister aux délibérations mêmes, ne fût-ce que pour arrêter les petits mouvemens de vivacité, dont on venait de voir un échantillon dans le début de la première séance. Villeroi montrant une impatience d'aller

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en avant, qui surprit tous ceux qui connaissaient son caractère, dit que cette affaire ne pouvant finir que par le rétablissement des jésuites, il était inutile de traîner la chose en longueur. Après avoir fait valoir de toutes ses forces le poids de l'intervention de sa sainteté , et cautionné la vérité des promesses que faisait la société, il expliqua les motifs de la conduite du roi, qui n'avait pas, disait-il, référé la chose à un conseil dont il avait nommé tous les membres pour être contredit, mais pour ne pas demeurer chargé luimême d'avoir anéanti par la force de son autorité un arrêt du parlement aussi solennel que celui qui avait été porté contre les jésuites ; et il conclut, avec la dernière complaisance, qu'il fallait épargner à sa majesté l'embarrassante nécessité de décider ce point de son propre et seul mouvement. Villeroi nous faisait beaucoup d'honneur à tous, et le conseil lui devait un remerciment De Thou fronda cet avis comme Villeroi àvait frondé le nôtre. Il dit, en branlant la tête, que, si le dessein de sa majesté avait été tel que Villeroi venait de le dire, de ne point se mêler de cette affaire, il l'aurait renvoyée à décider, et toutes les propositions des jésuites à examiner au parlement qui en avait été saisi par sa majesté ellemême; et, faisant de ses paroles son opinion, il ajouta qu'il n'y avait point dautre parti à pren-

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