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très monopoles, et dont on s'était servi pour le mettre en fureur. On commença à mieux connaître le roi. Toutes les idées de tyrannie et de servitude s'effacèrent. Je fis comprendre aux protêt tans , personnellement , qu'il était faux que Henri eût jamais songé à les exclure des charges et dignités de l'état; que sa grande maxime avait toujours été, au contraire, de tenir exactement la balance égale entre les deux religions. Je leur fis voir encore comment la prévention les avait aveuglés sur le compte de Clément VIII, qui avait, en toute occasion , dissuadé de faire la guerre aux réformés , bien loin de n'avoir pensé et travaillé qu'à les exterminer.
Les effets achevèrent ce que j'avais commencé par mes discours. Je distribuai des pensions à ceux du parti qui avaient conseillé la paix et bien servi le roi; et pour achever de les convaincre qu'ils ne s'étaient pas trompés sur les intentions droites et équitables de leur souverain , je leur montrai le mémoire des réformations* qu'il méditait de faire dans l'état, tel qu'on l'a vu plus haut; ce qui les remplit de satisfaction. Je puis dire que par tous ces moyens j'ébranlai si fort le parti du duc de La Trimouille , quSl ne put pas après cela se faire fort de six personnes de quelque considération. Le duc de Bouillon fut si sensiblement touché de voir qu'il avait perdu ce reste de crédit qu'il avait jus*-
lOîl MEMOIRES DE SULLY*
que là conservé dans ce canton de la France , qu'il se détermina à passer le reste de ses jours dans cette espèce d'exil , qui l'arrêtait à la cour de l'électeur Palatin , tranquille malgré lui. Ce fait n'est pas risqué. Saint-Germain , qui n'ignorait aucun des secrets du duc, l'écrivit à La Saussaye, dont il se croyait aussi assuré que de lui-même ; mais La Saussaye me remit la lettre de Saint-Germain, que je montrai à sa majesté.
Ayant fait de cette manière tout ce que la conjoncture présente et la brièveté du temps me permettaient, j'obéis aux instances que le roi me faisait dans toutes ses lettres de revenir au plus tôt, et je suivis de fort près la dernière que j'écrivis à sa majesté, de Thouars, le i5 juillet. J'en partis après avoir fait une dernière visite au duc de La Trimouille. Il ne se portait pas bien quand j'arri-r vai à Thouars; je le laissai à l'extrémité lorsque j'en partis. 11 mourut 1 sans avoir jamais pu être engagé à venir trouver le roi , et sa mort ôta une tête aux séditieux.
J'arrivai le %% juillet à Paris, où je trouvai un billet de sa majesté , du 18 , par lequel elle m'enjoignait d'envoyer dans tous les endroits de Normandie , de Bretagne et de Poitou , où j'avais eu
» Claude de La Trimouille, duc de Thouars, mourut de la goutte, n'étant âgé que de trente-quatre ans. Voyez son éloge dans de Thou,\\^. 3i, et Matthieu, t. a, Hv. 3, p. 663.
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dessein de me transporter, deux personnes de confiance (je choisis Nicolaï et Bois), et de venir la trouver à Monceaux, où elle m'attendait en achevant de prendre les eaux. Je connus, par l'accueil gracieux et caressant que me fit ce prince , que j'pvais eu le bonheur de le satisfaire Je l'entretins trois jours de suite sur les affaires qui avaient été le sujet de mon voyage, et j'achevai de lui dire ce qui pouvait encore manquer aux détails que je lui avais faits dans mes lettres, soit à lui, soit à Villeroi.
On a voulu dire que le duc d'Épernon tint alors en Guienne une conduite qui le rendit plus suspect que jamais à sa majesté, que j'y ajoutai foi , et que je lui rendis en cette occasion tous le* mauvais offices d'un ennemi mortel. Je m'inscris fortement ici contre ce bruit quant à ma personne; je le tiens faux quant au fait qu'on y énonce contre l'honneur de d'Épernon ; .et je ne le crois guère plus fondé quant aux sentimens qu'on y impute à sa majesté contre lui. Il semble que, pour établir ces sentimens, il devrait suffire de la lettre que ce prince écrivit au duc au sujet de la dispute de Duplessis avec l'évèque d'Évreux, dans laquelle il le traite d'ami, qualité qu'il ne
* De Thou dit que ce voyage du marquis de Rosny délivra Henri IV de grandes inquiétudes. Liv. li.
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donnait pas volontiers à ceux qu'il n'en croyait pas dignes.
Ajoutons-y une vérité dont j'ai pleine connaissance, c'est que depuis ce temps-là sa majesté avait prévenu obligeamment d'Épernon sur mille choses, et qu'elle me disait souvent de lui rendre les visites et les autres devoirs de l'amitié , même avant que je les reçusse de lui. Si l'on fit entendre à Henri quelque chose au désavantage de ce duc pendant son séjour en Guienne, c'est sur quoi je ne puis rien nier ni assurer; ce que je sais seulement encore , c'est qu'il ne resta plus de soupçon à sa majesté après les lettres que d'Épernon lui envoya et à moi par Perronne. La sincérité et le témoignage d'une bonne conscience y paraissent si clairement dans la soumission qu'il fait d'aller , au premier ordre de sa majesté , se présenter devant elle, pour y servir de caution de sa personne, et de garant de ses sentimens, qu'il ne laisse rien à répliquer. Tout le monde a su ce qui s'était passé entre le roi et le duc d'Épernon , du vivant, et même quelques années après lu mort de Henri III, et combien ce prince lui en avait témoigné de ressentiment. Il n'en faut pas davantage. L'oubli des injures est une vertu rare chez les souverains , et qu'on y croit communément bien plus rare encore. On n'a pas fait attention aux