LIVRE DIX-HUITIÈME. Io
preuves sensibles que Henri a données en plus d'une occasion de cette véritable grandeur d'âme qui fait pardonner, et tout ce qu'il a fait dans la suite pour d'Épernon achève de montrer qu'il l'a exercée à son égard.
Pour moi, loin d'avoir été l'ennemi de d'Épernon au temps dont on parle, je pourrais citer mille témoignages de bonne intelligence entre nous ; mais il me semble que ma parole suffit , et pour être cru , et pour le justifier. On m'a toujours trouvé jusqu'ici aussi incapable de déguiser mes véritables sentimens d'amitié et de haine , que de charger un innocent et de prendre le parti d'un criminel d'état. D'Épernon fit une chute si malheureuse en Guienne, qu'il se rompit la cuisse et le pouce, et se blessa encore à l'épaule et au coude, ce qui l'obligea de se tenir quarante jours au lit, couché sur le dos. Je lui écrivis sur ce fâcheux accident, et il m'en remercia avec la même affection dont toutes ses lettres étaient ordinairement remplies, car il me traitait alors en ami, et j'étais aussi son confident dans tout ce qui regardait la personne de sa majesté Un autre de mes amis, mais sans avoir cessé de l'être , dont je reçus aussi cette année des 'lettres également remplies de confiance, d'amitié et de politesse, c'est Belle-
' Voyez l'original de ces lettres dans les anciens mémoires; ils paraissent se contredire un peu sur l'article du duc d'Épernon.
garde; elles sont datées de Dijon; il était alors dans son gouvernement de Bourgogne. Je reviens au comte d'Auvergne, pour traiter cette affaire plus particulièrement.
Il n'avait tenu qu'au roi d'ôter à ce sujet mutin tout moyen de conspirer contre l'état. La douceur dont sa majesté usa mal à propos à son égard , lorsqu'elle fit pimir le maréchal de Biron, fut la cause de sa rechute, comme le faible qu'elle avait toujours montré pour toute cette famille, à cause de la marquise de Verneuil, l'avait autorisé dans sa première révolte. Il n'eût peut-être pas été encore bien difficile de retrouver l'occasion que sa majesté avait laissé échapper lorsque les avis des nouvelles brigues du comte d'Auvergne en Espagne lui furent donnés, et qu'on put attendre plus dé lumières sur cette affaire, de la prison de Morgan', son homme d'intrigue, qui fut arrêté en ce temps-la; mais le roi se contenta de faire partir, par mon ordre, d'Escures pour l'Auvergne, où était alors le comte, afin de découvrir tout le complot, et de lui persuader par la voie de la douceur de venir se jeter aux pieds de sa majesté.
D'Auvergne comprit en effet qu'il n'avait point d'autre parti à prendre; la prise de Morgan l'avait déconcerté. Ses mesures n'étaient pas prises assez
• Thomas Morgan, Anglais. Voyea de Thou, ibid.