LIVRE DIX-HUITIEME. IO
juste, pour espérer que ses desseins demeureraient cachés, ni ses desseins assez avancés pour pouvoir lever le masque. Il craignit d'exposer par sa fuite le comte et la comtesse d'Entragues , et toute 6a famille , à un traitement ignominieux. Il se rendit donc aux raisons de d'Escures, et s'engagea à se laisser mener par lui à la cour , et à y révéler au roi ses plus intimes secrets, jusqu'à certaine lettre de sa sœur, qu'il disait être de la dernière importance, moyennant la grâce que sa majesté promit de lui accorder. L'original de cette lettre de la marquise de Yerneuil ne me tomba que l'année suivante entre les mains , et on ne sut pas trop bien quelle foi on y devait ajouter, parce que le frère et la sœur paraissaient tantôt de concert:, tantôt brouillés jusqu'à ne pouvoir se soufc frir; ce qui semble le plus digne d'y être remarqué, c'est qu'elle exhorte son frère à une retraite solide chez l'étranger, à laquelle elle se montre déterminée elle-même.
Une chose bien capable de faire douter de la sincérité du comte d'Auvergne dans les promesses qu'il fit à d'Escures, c'est qu'au même temps qu'il partit pour venir à Paris avec lui , il dépêcha Yverné en Espagne. L'évêque de Montpellier découvrit cette menée , et en écrivit au roi ; mais ce prince voulut bien une seconde fois se payer de ses belles promesses. {1 ordonna seule»
ment que le parlement instruisît dans toutes les formes le procès de Morgan , afin que le crime , rendu public , donnât plus de poids à la grâce qu'il était résolu d'accorder à toute la famille de d'Auvergne , qui s'y trouvait comprise. Tout ce que ce prince y gagna , fut de se faire rendre enfin par d'Entragues cette promesse de mariage 1 si fameuse, qu'il avait inutilement pressé sa maîtresse de lui remettre ; ce qui se passa en présence du comte de Soissons, du duc de Montpensier , du chancelier de Sillery, La Guéle , Jeannin, Gèvres , Villeroi , afin qu'on ne pût dans la suite éluder cette restitution par une restriction ni par désaveu. Il fut même dressé un acte pour justifier que c'était le vrai et le seul écrit fait par sa majesté à ce sujet, et la déclaration de d'Entragues , conforme à cet énoncé, fut jointe à la pièce.
Cette conduite de Henri n'était pas bien propre à rendre le comte d'Auvergne sage. Aussi recommença-t-il ses premières brigues, presque sous les yeux de sa majesté. La seule attention qu'il eut , fut de tromper le roi , qui fut long-temps la dupe de ses apparences de sincérité; mais enfin tout le mystère fut encore une fois découvert par
' Henri IV fut obligé, pour ravoir cette promesse, de donner à la marquise de Verneuil vingt mille écus comptant, et de promettre le bâton de maréchal de France au comte d'Entragues, qui n'avait jamais été à la guerre. De T/iou, liv. i3*u