LIVRE DIX-HUITIÈME. IO
des lettres écrites et reçues par d'Auvergne , qui tombèrent entre les mains de Loménie, et que Loménie alla aussitôt porter à sa majesté. Ce prince convint alors de tout son tort , mais trop tard; «car, soit pénétration, soit avis de ce qui venait d'arriver, le comte eut le temps de sortir de la cour avant qu'on eût pu exécuter le conseil qu'on prenait de l'y arrêter , et il se proposa bien de ne plus s'en approcher après le danger qu'il venait d'y courir , et même de sortir tout-à-fait de France au moindre signe qu'il se tramerait quelque chose contre lui.
Le roi me communiqua l'embarras où l'on était tombé par sa faute. On fit repartir d'Escures pour l'Auvergne ; il y fit même deux voyages coup sur coup ; mais les moyens qui avaient si bien réussi furent inutiles cette fois : d'Auvergne sut toujours éluder le retour à la cour dont on le pressait , et avec un air si peu embarrassé , qu'on ne put pas même tirer de son refus la conviction de son crime , comme l'on s'y attendait. Il faisait les plus belles promesses du monde , et paraissait toujours disposé à partir. Il fallut enfin revenir au seul moyen qui restait à tenter, c'était de s'assurer de sa personne; ce qui ne paraissait pas facile.
Je jetai les yeux sur un homme qui me parut très-propre à faire réussir ce coup ; c'est le tiré*
sorier Murât, dans lequel sa haine personnelle pour le comte d'Auvergne , ses intelligences dans le pays , la facilité de demeurer long-temps sur les lieux sans pouvoir être soupçonné, sa résolution pour un coup de main , et sa passion dn bien servir sa majesté, étaient autant d'excellentes dispositions à sortir à son honneur de cette commission. Je le nommai au roi lorsqu'il me parla de cette affaire, et sa majesté l'approuva. Je fis venir Murât, avec lequel j'agis d'abord avec toute la précaution que demandait cette confidence. Lorsque je vis qu'au lieu d'apporter des raisons de s'en dispenser, il prévenait de lui-même mes offres, je m'expliquai clairement, et je connus que la proposition ne lui déplaisait pas. Il n'exigea que d'être autorisé par une commission du grand sceau; elle lui fut expédiée, et tenue fort secrète. Gommé on n'avait pas encore perdu toute espéranceque d'Escures pût attirer le comte d'Auvergne à la cour, et qu'en ce cas MUrat n'avait rien à faire, je lui enjoignis, en lui donnant ses instructions, de n'agir que de concert avec d'Escures, et de cacher à tout le monde la part qu'on avait voulu lui donner dans cette affaire, si Ton cessait d'avoir besoin de lui.
D'Escures partit le 1 7 août pour l'Auvergne , c'était le troisième ou quatrième voyage qu'il y faisait, et Murât l'y suivit quelques jours après,