LIVRE DIX-HUITIÈME. J I I
muni de lettres en blanc pour les villes et officiers des présidiaux, qui ne devaient être remplies que sur les lieux. Sur ces entrefaites on eut communication des lettres du comte d'Auvergne , où sa crajnte et sa honte étaient exprimées de manière que le. roi jugea bien qu'il ne se résoudrait jamais à paraître à la-cour, et qu'il trouva plus à propos que d'Escures se donnât de garde de l'en presser de la part du roi , pour ne pas l'effaroucher davantage. Murât eut ordre d'agir seul , et d'Escures de veiller de son coté à avoir les plus parfaits éclaircissemens sur les pratiques de d'Auvergne en Espagne, et, s'il était possible, à intercepter le traité qu'il devait déjà avoir fait avec le conseil de Madrid ; ce que d'Escures exécuta avec une adresse qui en déroba toute connaissance au comte, tout fin et tout alerte qu'il était sur les démarches du conseil.
Une petite affaire d'intérêt , qui avait commis un frère de Murât avec le comte d'Auvergne , fut le prétexte tout-à-fait plausible que celui-ci prit pour l'aller trouver. Cette petite discussion ayant été traitée entre eux , le comte passa de lui-même à entretenir Murât de l'état de ses affaires par rapport à la cour; ainsi ce fut sur ses propres paroles que l'agent de sa majesté parut régler les conseils qu'il lui donna dans la conjoncture présente. D'Auvergne fonda de violens soupçons sur
les insinuations qu'il avait reçues de la part du roi, de venir se montrer à la cour; et sur ce que d'Escures , en cherchant à lui faire entreprendre ce voyage , lui avait paru ignorer la part qu'y avait sa majesté, il assura qu'il ne le ferait «point, et que plutôt que de se mettre ainsi à la merci de ses ennemis , il passerait dans les pays étrangers. Il cita l'exemple du maréchal de Biron , qui parut l'effrayer. Il dit qu'ayant eu autrefois le malheur d'offenser son roi , il ne pouvait se résoudre à paraître devant lui sans avoir auparavant effacé par ses services le souvenir qui pouvait lui en rester, et sans avoir reçu, avec une nouvelle vérification, l'abolition que sa majesté lui avait accordée. Enfin il fit entendre qu'il n'était pas dans la disposition de se fier à la cour, parce que les avis qu'il avait reçus du danger qui l'y attendait lui avaient été adressés par des personnes de la cour même, personnes de la première distinction, bien informées, et sur lesquelles il devait faire fond.
Murât se voyant ainsi choisi pour confident, répondit, en affectant beaucoup de simplicité, que, pour lui, il ne voyait aucun inconvénient pour le comte à reparaître à la cour, puisqu'il avait avoué sa faute au roi , et qu'il en avait obtenu le pardon , ce qui mettait une grande différence entre le maréchal de Biron et lui ; qu'il n'y avait